‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 73 sur 235 · LA PHILOSOPHIE DE DANTE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE DE DANTE

« Franchissant les limites de l'espace et du temps, pour entrer dans le triple royaume dont la mort ouvre les portes, V Enfer, le Purgatoire et le Paradis, Dante [)lace d abord la scène de son poème dans Tintini. » Il est vrai, mais l'action du poème est humaine. Non, nul de nous ne visita jamais, autrement que dans ses méditations, ce triple lieu du remords et de la damnation, du repentir et de l'expiation, de la miséricorde et de la félicité éternelle. Mais deriière cette fiction, sous les voiles symboliques et le langaue souvent apocalyptique dans les- ([uels la pensée de Dante s'enveloppe, nue grande réalité palpite au cœur de ce poème, c'est l'homme exprimé dans sa vie morale tout entière. Le mystère de l'âme humaine avec ses aspirations, ses luttes, ses défaillances, ses défaites, ses retours, ses divins secours et ses fins éternelles, tel est le spectacle intime qui se dégage de cette prodigieuse surcharge d'incidents, d'épisodes, de descriptions, de dissertations sans tin qui menacent de le faire perdre de vue, mais qui finalement se coordonnent néanmoins à cette psychologie, comme à l'objet central qui les relie et leur confère ou restitue leur unité.

Toutefois, l'homme en scène ici n'est pas l'homme abstrait et imaginaire d'une fiction romanesque. Ce poème est une histoire, histoire vécue, et vécue par celui-là même qui l'a écrite. Le poète ne s'est penché sur ces abîmes du mal et de la douleur, de l'expiation et du pardon, de la rédemption et de l'espérance, que pour se remémorer à lui-même, après les jours de l'égarement, le retour à cette paix perdue dans le péché, redemandée au repentir, retrouvée aux pieds du Christ miséricordieux, et dans

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laquelle va le réintégrer à jamais celte messagère descendue du ciel et dont le nom aimé implique déjà l'idée de la béatitude.

La vie du Dante, qui fait le sujet d'un des chapitres d'Ozanam, nous le représente d'abord épris, dès sa jeunesse, du plus pur idéal vivant d'innocence et de beauté, dans la personne d'une enfant qui symbolise pour lui la vertu, et qui la lui inspire : « C'était, écrit Ozanam, des rêves célestes oùBéatrix se montrait radieuse; c'était un désir inexprimable et timide de se trouver sur son passage; c'était un salut d'elle, une inclination de sa tête, en quoi il avait mis tout son bonheur ; c'étaient des craintes et des espérances, qui exerçaient, épuraient sa sensibilité jusqu'à une extrême délicatesse, et le dégageaient peu à peu des habitudes et des sollicitudes vulgaires. — Plus tard, c'était assez de la pensée et du regard de Béatrix pour rendre au jeune Florentin l'énergie du bien et le réduire à l'impuissance du mal. Entourée de ses compagnes, elle se montrait à lui comme une immortelle descendue parmi les femmes d'ici-bas pour honorer leur faiblesse et protéger leur vertu. Agenouillée au pied des autels, il la voyait, ceinte de l'auréole, associée au bienfaisant pouvoir des bienheureux, médiatrice pour les pécheurs, et il sentait la prière plus conhante et plus facile couler alors de ses lèvres. — Quand la noble femme traversait les rues de la cité, écrit-il encore, ceux dont elle approchait étaient saisis d'un sentiment si honnête, (ju'ils n'osaient lever les yeux. Elle s'enveloppait de son humilité et desa pudeur comme d'un voile, paraissant ne pas s'apercevoir de ces attentions. Et quand elle avait passé, plusieurs s'écriaient en se retirant :

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