‹ Frédéric OzanamChapitre 11 sur 20 · TU · texte numérisé non relu

TU

« flictions que vous m'avez envoyées dans cette de- « meure; acceptez-les en expialion de mes péchés. » Puis, se tourhant vers sa femme : «Je veux qu'avec moi « tu bénisses Dieu de mes douleurs. » Et aussitôt, se jetant dans ses bras : «Je le bénis aussi des consolations « qu'il m'a données. »

Dieu lui accorda, pour la dernière fois qu’il traversait la mer, un temps et des flots sereins. Couché sur le pont du navire qui le rapportait en France, il put jouir en paix de l'air, du ciel, des eaux, de ces poétiques rivages de Pftalie qu'il avait passionnément aimés, et où 11 venait de recevoir un accueil digne de la terre qui a nourri tant de grands hommes, et qui sait encore les reconnaître de quelque part qu'ils abordent à ses ruines. Quand les côtes de la Provence se levèrent à ses yeux, il éprouva une grande Joie de revoir la patrie et de la cerütude d'y mourir. Le vaisseau ne tarda pas d’entrer au port de Marseille, où l’attendaient sa belle-mère et la famille de sa femme. «A présent, dit-il, que j'ai remis « Amélie entre les mains de qui elle doit être, Dieu « fera de moi ce qu'il voudra. »

Il eut encore désiré revoir Paris, Paris où tant de souvenirs l’altachaient, où ses amis el sa gloire l’eussent si pieusement accueilli. Mais ce vœu du serviteur ne fut pas exaucé. Seulement Dieu lui reura les angoisses du grand passage ; il ne souffrit plus dès qu’il eut touché la terre de ses aïeux et de ses travaux. Un calme qui n’était ni celui de Ja vie ni celui de la mort se répandit dans sa personne, et il reçut en cet état les derniers sacrements de l’Église dont il avait été le fidèle et le défenseur. Le prêtre lui ayant dit d’avoir confiance

en Dieu : « Eh! pourquoi le ir nt répondit-il, « je l’aime tant!»

Ce devoir rempli, un nel pr écurseur s'empara de ses membres épuisés. Il se réveillail çà et là pour remercier et bénir, pour tendre la main, pour essuyer une larme, pour sourire encore une fois. Le matin de sa mort, jour de la Nativité de la très-sainte Vierge, 1l ouvrit les yeux, souleva ses bras et dit d’une voix forte : « Mon Dieu, mon Dieu, ayez pitié de moi! » Ce fut sur la terre la dernière parole de cette âme qui en avait eu tant d'éloquentes.

Ses amis reçurent son cercueil avec vénération. Lyon voulut le garder, Paris l’obüint. Il repose sous les pieds de cette jeunesse qu’il a évangélisée par sa vie, et à laquelle il parle encore du fond de sa tombe.

Reviendrai-je maintenant sur des faits ou des vertus oubliés au courant de mon récit? Recueillerai-je dans celle vie quelques épis épars après la moisson? La piété me le permet, si elle ne me le commande pas.

Ozanam avait une grande tendresse de cœur, une grande foi aux choses domestiques. Quoiqu'il fût trèssobre, et que souvent même il ne s'aperçüt pas de ce qui lui était servi, 1l tenait extrêmement à ce que, le dimanche et les jours de fête, 1l y eût sur la table quelque mets plus délicat que de coutume. C'était lui qui le commandait d'ordinaire, et quelquefois qui l'apportait. Étranger à toute idée de luxe, peu soigneux de son vêtement, content des plus simples meubles, il attachait du prix à un bouquet de fleurs. Il aimait à en avoir près de lui, sur son bureau. De beaux livres, de belles gravures, le tentaient aussi, et il ne résistait pas à

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