‹ Frédéric OzanamChapitre 5 sur 20 · LA · texte numérisé non relu

LA

paurres, l’agape universelle, la résurrection de l'unité entre ceux qui veulent travailler au salut du monde sans prendre les livrées d’un apostolat trop fort pour leur vocation ou leur vertu. Les révolutions ellesmêmes, qui avaient déraciné tant d’autres œuvres, ont respecté celle-ci. Le parfum sans tache de la charité a écarté d’elle le soupçon; on a cru à sa sincérilé parec qu'elle a été sincère.

Le lecteur se persuade peut-être que le soi des pauvres, uni à l'étude de la jurisprudence et à la culture des langues, épuisait l'activité d’Ozanam; ce serait une erreur. Î v avait à la Sorbonne et au collége de France des tribunes chères à la jeunesse, mais qui, trop souvent, manquaient envers le christianisme de justice et de vérité. Ozanam assistait aux cours les plus célèbres. Appréciateur du mérile, même chez des ennemis, 1l écoutait tout ensemble avec plaisir et avec réserve. Ses notes prises, il rentrait chez lui, recherchait les faits à leur source, les rectifiait ; puis, seul le plus souvent, quelquefois avec des amis, mème avec des jeunes gens inconnus dont il sollicitait la signature, il adressait au professeur une lettre grave et raisonnée, où il l’avertissait de ses torts et le conjurait avec un accent de sainte naïveté de réparer le dommage qu'il avait fait à des intelligences auxquelles il devait la lumière. M. Jouffroy reçut un jour une de ces lettres, signée Ozanam, étudiant. H'avait connu dans son enfance le souffle de Dieu,

et, même avant de mourir, il en eut des retours qui ont honoré sa mémoire. La lettre d’Ozanam le toucha. Il y était dit que bien des jeunes gens qui assistaient à son cours étaient chrétiens, et qu’ils souffraient dou- Jloureusement de voir un homme comme lui, éloquent, généreux el sans doute sincère, se permettre contre leur foi des attaques auxquelles ils ne pouvaient pas répondre, puisque le respect de l’ordre et de sa personne leur commandait un silence absolu. M. Jouffroy, dans la leçon qui suivit, donna connaissance à son auditoire des observations qu’il avait reçues, loua l’auteur de la convenance et du savoir dont il avait fait preuve; puis, avec une droiture qui mérite d’être rappelée, 1l désavoua ce qu'il avait dit au préjudice de la vérité. « Messieurs, « ajouta-t-il, il y a cinq ans, je ne recevais que des ob- « Jections dictées par le matérialisme; les doctrines « spiritualistes éprouvaient la plus vive résistance : au- « jourd’hui les esprits ont bien changé, l'opposition est « toute catholique. »

Depuis ce jour, et jusqu’à des temps où les passions

s’envenimèrent, on remarqua dans les professeurs les

plus accrédités une circonspection qu’ils n’avaient pas montrée d’abord.

Mais ce n’était là qu'un palliatif, une diminution d’infériorité. Ozanam s’affligeait qu'iln'y eût pas à Paris, en présence de tant de chaires hostiles ou indifférentes, et devant une jeunesse si nombreuse, une chaire dont l'éclat fit le contre-poids des gloires de l’erreur et leur disputàt l’ascendant. Sans doute, la vérité ne régnera jamais seule; son sort est de combattre et d’avoir par conséquent d’illustres ennemis. Mais si son empire,

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