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pour être grand et durable, doit être contesté, 1} ne lui est pas interdit d'avoir des défenseurs dignes d’elle ; et, de fait, dans toute la suite de son histoire, on voit presque toujours le père de l’Église à côté du sophiste éloquent, Origène en face de Porphyre, sant Basile auprès de Libanius. La liste de ces oppositions serait grande ; elle a commencé à Lucifer et à l’archange sant Michel, elle ne se clora qu’au dernier jour du monde. Aussi Ozanam, qui savait les voies de Dieu, ne désespérait-1l pas d'obtenir pour son âge la consolation donnée à tant d’autres qui avaient précédé le sien. Seulement la modestie ne lui eût pas permis de croire qu'il était l’homme élu, et que bientôt, dans ces mêmes lieux où il allait entendre des voix qui l'affligeaient, la sienne, la sienne elle-même, maîtresse des cœurs, ouvrière intrépide de la vérité, arracherait à une foule émue douze années d’applaudissements.
Mais le lever de ces beaux jours était encore dans l'ombre. En attendant, 1l plut à la divine providence d’accomplir à quelque degré le vœu de son serviteur. M. de Quélen, archevêque de Paris, fonda les conférences de Notre-Dame, destinées à initier la jeunesse aux preuves fondamentales du christianisme et à l’aturer vers la lumière par le charme mème de la lumière. Ozanam ne fut pas sans influence sur cette fondation. Il l'avait sollicitée du pieux et noble archevèque, de concert avec quelques-uns de ses amis.
Cependant sa carrière ne se dessinait pas. Elle fut même un instant sur le point de se tromper elle-même, tantil est difficile à esprit le plus pénétrant de discerner sa place et de savoir ce que la Providence lui veut.
Ozanam, comme tout écolier de jurisprudence, avait subi les épreuves qui terminent ceke étude, et, voulant tendre un peu plus loin par l’ardeur de son esprit, il avait ambitionné et obtenu le titre de docteur en droit. Sa thèse est datée du 30 août 1836. Presque aussitôt, changeant son front de bataille, il avait aspiré au même honneur dans la faculté des lettres, et, à l'issue d’une double thèse latine et française, la première sur la deseente des héros aux enfers dans les poètes de l’antiquité, la seconde sur le Dante et la Divine Comédie, l’année 1859 avait couronné ses désirs. C'était plus qu'un succès, c'était une révélation. M. Cousin, l’un de ses juges, n'avait pu s'empêcher de lui dire en l’entendant : Ah! monsieur Ozanam, on n’est pas plus élaquent que cela. La sombre figure du Dante, qu'il avait évoquée du treizième siècle avec sa triple auréole de poëte, de docteur et de proscrit, avait elle-même éveillé son génie, et à vingt-six ans, au témoignage d’un maître dans l’art d'écrire et de parler, au témoignage plus sûr encore de l’applaudissement public, il avait pu se dire : Ce n’est pas un songe, l’éloquence m'a visité! Mais ce fut en vain. Une tentation l’assallit aux portes mêmes du temple, quand déjà la destinée le tenait par la main.
La ville de Lyon avait obtenu du gouvernement la création d’une chaire de droit commercial, et elle avait demandé au ministre, pour premier titulaire, son Jeune et brillant concitoyen, Frédéric Ozanam. Qui peut être insensible au bonheur de revoir son pays natal, d'y retrouver sa famille, ses amis, ses souvenirs, en leur rapportant, après quelques années d’absence, un mérite
déjà reconnu et déjà récompensé? Ozanam ne fut pas assez fort contre cette subite apparition d’un bonheur honorable et assuré. Il eut peur des hasards, et, comme un cheval qui obéit au premier signe qui lui commande l'arrêt, 1l se hâla de tourner la tête pour ne pas voir et ne pas entendre l’autre signal qui lui avait été donné !
Heureusement que Dieu appelle de nos fautes. Il ne ratifie pas du premier coup nos timidités et nos refus. Après avoir professé le droit commercial à Lyon, pendant une année, avec la solidité d'un vieux docteur et la verve d’un jeune érudit, Ozanam se sentit défié par un concours qui s’ouvrall à Paris pour le titre d’agrégé à la Faculté des lettres. C'était un titre nouveau, qui ne répondait à rien dans la classification traditionnelle des grades littéraires et scienuifiques, mais qui conférait des droits et rapprochait des hautes chaires de l’enseignement. Pour la première fois, Ozanam se trouvait en présence de rivaux, dans une scène animée par le talent d'autrui. Il y déploya, durant quinze jours, un savoir et une prompütude de ressources qui firent de ce concours un spectacle émouvant. Le sort même vint ajouter son angoisse et sa péripétie à l'intérêt de l’action. Il condamna Ozanam à préparer en vingt-quatre heures une leçon orale sur les scoliastes. Que dire des scoliastes, les eût-on connus? Le lendemain, tout le monde était tremblant : mais Ozanam, dans le sujet le plus ingrat du monde, sut encore être habile, disert, ingénieux, fécond en rapprochements inattendus, et il charma d’autant plus qu’on avait douté davantage de son succès. Le premier rang du concours lui fut donné
=M@@ par le suffrage unanime de ses juges, et aux acclamations du public.
Néanmoins 1l doutait encore. Vainement M. Fauriel, professeur de littérature étrangère à la Sorbonne, lui offrait la suppléance de sa chaire : Lyon et le droit commercial le fascinaient comme un bien acquis, un port où il était entré. Ge fut M. Ampère, le fils du mathémalicien, qui eut l'honneur de persuader Ozanam et de l’enchainer à son triomphe. Digne fils d’un père illustre, M. Ampère avait conservé pour le jeune hôle de sa maison une sorte de tutelle tempérée par l'amitié; 1! fui avait ouvert sans Jalousie les chemins de l’érudiion, el, au moment décisif, l'enlevant à des hésitations qui n'étaient plus qu'un suicide, 1l lui marqua sa place avee la sagacité d’un augure et l'autorité d’un maître.
On était à la fin de 840 : Ozanam avait vingt-sept ans.
C’est un beau jour que celui où, parvenu à mi-chemin de la vie, tout voile levé, toutes incertitudes dissipées, le front serein et le cœur à l'aise, l’homme a le secret de Dieu sur lui et assoit la tente où il achèvera de vivre. Jusque-là [es plus beaux rêves sont troublés, le découragement succède à l’exaltation, et plus on à reçu de Dicu, plus ses dons, en nous ouvrant des perspecuves, ajoutent au mélancolique tourment de l’avenir. Ozanam en avait souffert : sa nature était inquiète et un peu fébrile. Aussi dut-1l éprouver une grande di- Jatation lorsque enfin il connut la volonté de Dieu et y eut acquiescé. Issu d’une famille honorable, mais médiocre, venu à Paris simple étudiant, il avait, en neuf années d'efforts, conquis un rang distingué dans une double carrière, la jurisprudence et les lettres, occupé