PARIS — LALLIER
beaucoup parmi nous primiis inter pares. Lallier était son second : forte intelligence, profonde bonté, grand sens, plus de raison que d'imagination, plus de solidité que d'éclat; un abord réservé, presque froid, mais un cœur chaud, et, dans l'intimité, débordant de tendresse; déjà grave comme un magistrat, avec une bonhomie simple et affectueuse qui le faisait appeler par nous le Père Lallier^. »
Ozanam en était venu à ne pouvoir se passer de lui, voulant être approuvé de lui, être aimé de lui. La même lettre en fait l'humble aveu : « Que je suis donc égoïste! Vous savez • combien de fois à Paris, causant avec vous, je mendiais, pour ainsi dire, des éloges, provoquant ces témoignages d'une amitié dont vous m'avez comblé. Un soir, par exemple, vous me dites que vous priiez nominativement pour moi. Et ces mots depuis ne sont pas sortis de mon cœur!... »
« Nous combinerons ensemble nos œuvres de charité », venait d'écrire Ozanam. C'était une heure solennelle pour la Société de Saint- Vincent de Paul. Les quatre conférences de Paris, Saint-Étienne-du- Mont, Saint-Sulpice, Saint-Philippe-du-Roule, Notre- Dame de Bonne-Nouvelle étaient autant des terres en plein rapport. Puis l'œuvre débordait Paris. Nous avons vu M. Léonce Gurnier l'implanter à Nimes. Le jeune peintre Janmot l'avait portée à Rome, où Glaudius Lavergne le rejoignit. Ozanam lui-même en avait jeté la première semence dans ce sol lyonnais
.1. V. sur M. le président François Lallier : La Semaine Religieuse de Sens et cPAuxerre, t. XXIV, année 1887.. Nolice biographique en sept articles, p. 39 à p. 153. Et rapport de M. Julliot à l'Assemblée générale de Saint- Vincent de Paul de Sens, dimanche des Rameaux
OÙ nous la verrons éclore au milieu des épines et porter de beaux fruits. On pouvait déjà en pressentir l'universelle éclosion dans les principales villes de France où l'importaient, de retour chez eux, les jeunes étudiants chrétiens, membres des Conférences de Paris. L'heure était venue de les relier toutes entre elles dans ce qu'Ozanam appelait une Confédération fraternelle, ayant son règlement, sa loi, en même temps qu'elle gardait son foyer central et familial, à Paris, d'où elle était sortie.
Ce règlement s'élaborait pieusement et sagement par les mains de M. Bailly et de Lallier, qui en avaient fait l'œuvre de leurs vacances de 1 835. M. Bailly le communiqua aux confrères à la première des Assemblées générales, laquelle eut lieu le 21 février 1836. Il eut soin de rappeler que déjà ce règlement, fait non de théories préconçues, mais d'expériences acquises, avait été concerté entre les membres des conférences, avant leur sectionnement. Les considérations préliminaires, écrites par lui, pénétrées de l'esprit d'humilité, d'union, de charité qui doit animer les confrères entre eux, ainsi que du sentiment de leurs devoirs envers les autorités ecclésiastiques, sont toutes empruntées aux paroles et aux écrits de saint Vincent de Paul. Le véritable législateur de la Société de Saint- Vincent de Paul est Vincent de Paul lui-même.
Le règlement proprement dit, rédigé par Lallier, secrétaire général, porte dans le Manuel de la société la date de décembre 1835, exactement celle où Ozanam de retour à Paris venait y reprendre sa place à côté de son ami. Sa main ne s'y affirme nulle part, mais son esprit put-il y demeurer étranger? Il s'ouvre par ces lignes : « Voici enfin le commencement d 'organisa-