‹ Frédéric OzanamChapitre 99 sur 344 · PARIS — LALLIER · texte numérisé non relu

PARIS — LALLIER

fice à sept cents âmes qui maintenant le comblent d'actions de grâces. Que les actions valent donc mieux que les paroles, et que j'ai honte de mon rôle d'écrivassier, si mal soutenu d'ailleurs! Mais enfin, j'espère que tout ce travail ne sera pas sans fruit. Ce ne sera pas en vain que j'aurai vu de près un si grand saint, et que je serai descendu en quelque sorte jusque dans ses entrailles. J'espère que le souvenir que j'en aurai rapporté ne me sera pas inutile dans les combats de la vie. »

Après quatre mois et demi de longues, mais laborieuses vacances, Ozanam annonçait son retour à Parispar ces lignes à de La Noue, du 23 novembre 1835 : « Je pars dans huit jours. Cette année sera la dernière de mon séjour, et mon temps sera pris tout entier par les épreuves que j'aurai à subir pour prendre les grades de docteur en droit et de docteur es lettres... Nous ne vivrons pas cependant étrangers l'un à l'autre. Je compte pour cela sur le génie de l'amitié. Adieu, cher poète; souvenez-vous de moi, dans vos pensées, dans vos rêveries et dans vos prières. »

Ce qui le rappelait à Paris c'était sans doute le travail et la soutenance de sa thèse de doctorat juridique, mais c'était surtout son œuvre par excellence : celle de la charité, qu'il déclarait tout à l'heure primer celle de la science même.

Pour y travailler mieux, il avait désiré de vivre cette dernière année 1835-1836, à côté de Lallier, secrétaire général de la Société de Saint -Vincent de Paul, comme il avait fait l'année précédente avec Le Taillandier, aujourd'hui rapatrié à Rouen. Il lui en avait ainsi écrit, 16 novembre : « Je pense toujours

LYON ET PAlUS. I5S

partir de Lyon du 25 de ce mois au 3 du mois prochain. Quand je serai à Paris, il faudra me mettre dans mes meubles. Vous devez être dans la même nécessité. Ne pourrions-nous pas louer un petit appartement ensemble? Attendez-moi pour cela, si cela vous est possible. La solitude serait fatale à mon repos : mon imagination me dévore. Seul, il me semble toujours que quelque démon soit à mon côté. Avec des amis chrétiens, je sens aussitôt l'accomplissement de la promesse de Celui qui s'est engagé à se trouver partout où Ton se rassemblerait en son nom. Nous vivrions comme deux frères. Je vous prierais de mortifier mon amour-propre indomptable; nous tâcherions ensemble de devenir meilleurs. Nous combinerions nos œuvres de charité ; nous mûririons nos projets de travail ; nous nous rendrions le courage dans nos abattements. Nous nous consolerions dans nos tristesses. »

Depuis qu'ils avaient appris à se mieux connaître, Ozanam et Lallier s'étaient de plus en plus convenus. Bien des choses les rapprochaient. Lallier, plus jeune d'une année, avait son père médecin à Joigny. Un de ses oncles était président du tribunal de la même ville; un autre oncle prêtre, professeur au même lieu, puis proviseur au collège royal d'Orléans, puis chanoine et vicaire-général de Sens, s'était fait un renom d'humaniste dans l'Université, comme d'administrateur épiscopable dans le clergé. François, leur neveu, était, comme Ozanam, un chrétien tout d'une pièce. Deux de ses amis, Lamache et de la Perrière, ont rendu de lui ce témoignage : « Ozanam était l'initiative ardente, la science précoce, la franchise prévenante et conquérante, la séduction des grandes pensées et des sentiments élevés. Il était de

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