LE RÈGLEMENT DE LA SOCIÉTÉ
tion écrite que nous appelions de nos vœux, etc. » Il se termine par celles-ci : « Courage donc! Réunis ou séparés, de près ou de loin, aimons-nous; aimons et servons les pauvres. Aimons cette petite Société qui nous a fait connaître les uns aux autres, qui nous a mis dans la voie d'une vie plus charitable et plus chrétienne. Aimons nos usages, aimons nos règles : si nous les gardons fidèlement, croyons qu'elles nous garderont et qu'elles garderont notre œuvre. « Il se fait beaucoup de mal, disait un saint prêtre, faisons un peu de bien ! » Oh ! combien nous nous féliciterons de n'avoir pas laissé passer inutiles les années de notre jeunesse I La jeunesse est un champ qu'il faut moissonner; regardons autour de nous, ramassons avec soin les épis qui sont à nos pieds. Cette gerbe nous sera une provision pour la vie entière, bénie qu'elle aura été par le Seigneur. »
Les lettres imprimées d'Ozanam, pour l'année
1836, sont très rares : trois seulement. Lui-même s'en excuse sur le double travail de cette dernière et décisive année, et il s'en dit tellement écrasé qu'il désespère presque d'accomplir la tâche qu'il s'est prescrite. « Le temps m'échappe et me trahit. Il ne m'en reste point pour satisfaire à la fois aux devoirs de l'étude et aux devoirs de l'amitié. »
C'est de cette année-là que lui-même écrira plus tard à son jeune frère : « Tu commences donc à savoir, mon pauvre ami, ce qu'il y a de rude au métier de jeune homme. Autrefois c'était la guerre, aujourd'hui ce sont les examens. Certainement il y a des Scdsons de travail qui valent bien une campagne. En 1836-
1837, je travaillais pendant cinq mois régulièrement dix heures par jour, sans compter les cours, et quatorze et quinze heures le dernier mois. Il faut beau-
coup de prudence pour que la santé n'en soit pas afTectée; mais peu à peu le tempérament s'y fait. » Cette prudence, Ozanam l'eut-il jamais pour lui-même?
Ce fut le 30 avril 1836, qu'Ozanam soutint honorablement ses deux thèses de doctorat en droit, dont les sujets étaient : pour le droit romain. De Interdictis; pour le droit français, De la Prescription, à l'effet d'acquérir. Bien rares étaient alors les étudiants en droit qui poussaient leurs études jusqu'au doctorat, lequel alors ne leur conférait d'autre prérogative que la capacité à l'enseignement supérieur dans une faculté. Ozanam devait en bénéficier un jour.
Il se réjouit peu de ce succès. Ce qui d'ordinaire et pour les autres est le pied dans l'étrier, était pour lui la corde au cou. Docteur en droit, il appartenait désormais et définitivement au barreau, au palais, à la carrière de laquelle il ne voulait pas. Et c'était pour elle, la chicane, qu'il lui faudrait renoncer sans retour à la profession des lettres, à l'apostolat des lettres; ces Belles-Lettres auxquelles avaient été fiancées son enfance, sa jeunesse, auxquelles il avait donné tant de gages et qui lui avaient apporté de si nobles et saintes joies : Écrire pour Dieu, parler pour Dieu! Je considère ce lendemain du doctorat en droit comme une des heures les plus douloureuses de la vie d'Ozanam.
Sa rentrée à Lyon l'épouvante : « Je vais donc quitter Paris. Mais que ferai- je à Lyon? On voudra me faire plaider. Vais-je donc me confiner dans l'étroite sphère du forum? Cela me serait dur. Mon cher ami, cette répugnance pour la chicane est-ce orgueil? Et cet amour pour les hautes études est-ce vocation? Est-ce inspiration d'en haut, est-ce tentation d'en