‹ Frédéric OzanamChapitre 106 sur 344 · LAMENNAIS — LAMARTINE · texte numérisé non relu

LAMENNAIS — LAMARTINE

rences n'établissaient aucune divergence d'âme ni aucune froideur de sentiment entre nous. On pouvait différer, on ne pouvait disputer avec cet homme sans fiel : sa tolérance n'était pas une concession, c'était un respect. )>

Ozanam, lui, dans ces éclipses et derrière ces chutes, considérait le mal de l'Église trahie, des fidèles scandalisés, de la jeunesse troublée, et on l'entendait dire, comme naguère : « Et maintenant, mon ami, qui remplira, chez nous, la place que ces deux hommes laissent vide? Qui, parmi nous, viendra s'asseoir sur le siège désert de notre Tertullien? Qui osera ramasser la lyre tombée dans la poudre, et achever l'hymne commencé? Je sais que Dieu, que l'Église n'ont pas besoin de poètes ni de docteurs ; mais ceux qui en ont besoin ce sont les faibles croyants que les défections scandalisent; ce sont ceux qui ne croient pas et qui méprisent notre pauvreté d'esprit. C'est nous-mêmes, qui avions besoin de voir parfois devant nous des hommes plus grands et meilleurs, dont le pied frayât le sentier, dont l'exemple encourageât et enorgueillît notre faiblesse. Nous ne pouvons pas, jeunes gens chrétiens, penser à remplacer ces hommes; mais ne pourrions-nous pas en faire la monnaie,. et combler parle nombre et le travail la lacune qu'ils ont laissée dans nos rangs? »

A la même date, 5 novembre 1836, la même lettre constate, en retour, un événement consolant. Ozanam écrit : « J'ai travaillé un peu, durant ces vacances, à l'organisation de notre petite Conférence de Saint- Vincent de Paul. » Cette rapide et précieuse mention nous fixe sur la date de la première origine de la Conférence de Lyon.

Un mois après, 4- décembre, Ozanam en faisait ainsi rapport au conseil de Paris : « Plusieurs jeunes gens, qui avaient fait partie de la société de Paris, se retrouvant, cette année, à Lyon, de retour dans leurs familles, après le cours achevé de leurs études, se sont souvenus des amis qui leur avaient rendu doux et cher Texil de la capitale, et du bonheur qu'ils avaient eu à y faire ensemble un peu de bien, en évitant beaucoup de mal. Tout les pressait de renouer des liens qui venaient de se rompre; et, un rapprochement naturel se faisant entre eux, ils fondèrent ici, sur votre modèle, une Conférence de charité. »

La première réunion avait eu lieu le 16 août; elle était peu nombreuse. Bientôt l'accession de quelques Lyonnais, anciens membres, eux aussi, des premières conférences de Paris, porta le nombre à treize. Six autres jeunes gens de la ville y demandèrent place; trois autres furent présentés : c'étaient aujourd'hui vingt-deux membres, « compagnons d'aumônes et de prières », tous pénétrés de l'esprit primitif de la Société : esprit de foi et de piété pour soi-même; esprit de charité corporelle et spirituelle pour les pauvres; esprit de zèle pour le recrutement des conférences de Paris par les jeunes lyonnais étudiant dans la grande ville : « Ils nous reviendront formés par vous, nous rapportant dans leur sein le feu sacré que vous y aurez entretenu. »

Vingt familles étaient visitées, adoptées : « Les assistés, comme leurs visiteurs, s'édifient les uns les autres, vivant unis et comme enveloppés ensemble sous le manteau de saint Vincent de Paul. »

C'était le 8 décembre que cette lettre devait être

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