SA FONDATION
pas moins de puissants appuis dans l'élite du clergé. Plusieurs curés lui étaient dévoués, celui de Saint- Pierre en particulier; et surtout M. le Vicaire général préposé aux associations catholiques du diocèse. Enfin des paroles de contentement et de bénédiction étaient tombées sur elle des lèvres vénérables de l'archevêque, M^ de Pins, administrateur diocésain, tenant la place du cardinal Fesch.
Mais Ozanam a écrit : « Il n'est pas possible de se faire illusion : la Société a rencontré des défiances partout. » Nous venons de l'entendre se plaindre « des obstacles que lui suscitent à Lyon même des gens de bien ». Le Bulletin de 1837 en indique les causes : son origine étrangère, et surtout parisienne. Sa nouveauté « dans une ville non moins attachée à ses institutions et habitudes du passé, qu'à ses pieuses croyances et à ses mœurs antiques ». Enfin la piété routinière de plusieurs, ombrageuse dans ses soupçons, inconsidérément absolue dans son zèle.
En racontant aux confrères de Paris ces laborieux débuts, Ozanam leur décrivait la modestie traditionnelle des séances, l'aveuglement des préventions contraires, les procédés chrétiens par lesquels y répondait cette honnête et pacifique jeunesse : « Nous nous réunissons le mardi soir, à huit heures. Nous avons, comme à Paris, la table, le tapis vert, les deux chandelles, les bons, les vieux habits, etc. Mais la salle est encore peu remplie, la bourse aussi. Nous avons éprouvé les petites contrariétés que nous avions prévues. Des personnes pieuses, même des personnes graves, se sont effrayées; elles ont crié, elles ont dit qu'une cabale de jeunes « Menai-
siens » qui avaient réussi à imposer M. Lacordaire à Tarchevêque de Paris, voulaient s'établir en maitres à Lyon; qu'ils avaient sollicité toutes les Sœurs de charité de la ville pour obtenir des listes de pauvres; qu'ils étaient au moins trente; qu'il y en avait parmi eux qui n'étaient pas même chrétiens; qu'ils allaient discréditer toutes les autres œuvres, par la mauvaise manière dont ils conduiraient la leur, etc., etc.
« Suivant les avis de notre règlement, nous nous sommes faits bien petits, bien humbles; nous avons protesté de nos intentions inoffensives, de notre respect pour les autres œuvres; et présentement on ne dit plus rien contre nous, sinon que nous ne réussirons pas... J'espère que, malgré les sinistres prophéties, nous réussirons, non par la clandestinité, mais par l'humilité; non par le nombre, mais par l'amour; non par les protections, mais par la grâce de Dieu. »
Plus à l'aise avec Lallier, la verve pittoresque d'Ozanam, dans une lettre intime, se donne carrière au sujet de « ces gros bonnets laïques de l'orthodoxie. Pères de concile en frac et en pantalons à sous-pieds; docteurs infaillibles qui prononcent ex cathedra entre la poire et le fromage ; puritains de la province pour qui tout est pervers de ce qui vient de Paris; doctrinaires irréductibles de qui l'opinion politique constitue le treizième article du symbole, accapareurs de toutes les œuvres dont il leur faut le monopole, etc. Vous ne sauriez croire, mon ami, les mesquineries, les avanies, les vilenies, les arguties et minuties dont ces dignes gens, avec