LES OPPOSITIONS
la meilleure foi du monde, ont usé contre nous. Chaurand et moi, comme principaux fondateurs et directeurs de l'œuvre, nous avons été constamment sur la brèche; et cette lutte nous fatigue beaucoup. Mais le plus grand mal est qu'il en reste toujours un peu d'aigreur dans l'esprit, et la charité souffre forcément de ces discussions, auxquelles cependant nul ne peut se soustraire, dans l'intérêt du bien et de la vérité. »
Ces plaintes n'étaient pas celles du découragement, la suite du rapport l'atteste : « La conférence, en 1837, a porté le nombre de ses membres à cinquante environ, dont trente-cinq participent assidûment à ses travaux. « Le rapport de décembre disait : « La rigueur de la saison présente nous a fait trouver partout bon accueil et bon secours chez notre chrétienne population lyonnaise ; chez nos pauvres, beaucoup de foi ; et enfin, pour nous-mêmes, des trésors de joie et de résignation. Ainsi, dans ce doux commerce de charité, les avances sont faibles et le bénéfice est grand. »
Mais poursuivons. En considération de l'accroissement de ses membres, et de l'extrême distance qui séparait les divers quartiers de la ville, la conférence avait décidé de se scinder en deux : l'une pour le nord, l'autre pour le midi; l'une sur la paroisse Saint-Pierre, l'autre sur Saint-François. Soixantequinze familles étaient visitées, a Une d'elles arrachée au prosélytisme protestant, un enfant baptisé, plusieurs hommes ramenés à la fréquentation des sacrements, permettaient aux confrères de croire que l'assistance de la grâce divine n'avait pas manqué à leurs faibles ejQorts. »
FRÉDÉniC OZANAM. 13
Mais Tœuvre principale, bien conforme à l'esprit de saint Vincent de Paul, avait été l'institution d'un Cercle ou lieu de réunion pour les militaires de la nombreuse garnison de la grande ville. « Un bon prêtre de la Maison des missionnaires diocésains, située au centre de plusieurs casernes, a eu pitié de tant de pauvres âmes oubliées autour de lui, et nous a priés de l'aider pour leur salut. Un local a été choisi. On y a rassemblé une Bibliothèque portée à ^00 volumes. Dans l'espace de cinq mois, 268 soldats sont venus y puiser l'instruction à des sources saines. Les livres prêtés ont circulé, et plus de mille lecteurs ont recueilli le bienfait de cette institution.
« A la bibliothèque est venue s'adjoindre une 'École, où deux fois la semaine sont données par les confrères des leçons d'écriture, de lecture, de calcul, qui, en multipliant les rapports entre eux et nous, provoquent d'une part des ouvertures confiantes, et de l'autre de salutaires conseils. Enfin, chaque dimanche, une petite réunion, qui s'accroîtra peutêtre, se forme pour entendre une instruction du prêtre et faire la prière du soir. » Ozanam en dit les fruits de moralisation et de conversion : « Dans ces communications fréquentes avec le soldat, nous avons beaucoup appris. Jamais nous n'aurions pu croire combien d'excellents cœurs battaient sous l'uniforme, et gardaient encore un tendre attachement à la foi de leur mère et aux exemples de leurs sœurs! »
Dans sa réponse à Ozanam, M. Bailly disait : « J'ai remis à l'Archevêque votre lettre sur l œuvre des soldats; elle l'a touché beaucoup. C'est là une belle