‹ Frédéric OzanamChapitre 114 sur 344 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LA PLAIDOIRIE. — LES ABUS. — SÉVÈRES PRÉVENTIONS. — MORT DU PÈRE. — DEUIL ET LABEURS. — l'aCTION LIT- TÉRAIRE.

Dès avant la rentrée de la cour royale de Lyon, Ozanam avait eu soin de se faire inscrire au tableau des avocats : « C'est un acte solennel, comme luimême écrit le 5 novembre, et tout ce qui est solennel est triste. » Ce qui lui rendait triste ce lien contracté avec sa profession c'était un dernier regard de regret envoyé à une autre, celle de la science et des lettres, à laquelle il avait souri, qui ne lui eût apporté ni plus d'honneurs ni plus de biens, mais dans laquelle l'apôtre de la vérité considérait, par-dessus tout, le meilleur et plus large service de Dieu : « Je souffre, écrit-il au même lieu, d'une incertitude de ma vocation qui me fait voir la poussière et les pierres de toutes les routes de la vie, et les fleurs d'aucune. En particulier, celle du barreau m'apparaît de moins en moins séduisante. »

C'était bien pire encore, aujourd'hui qu'il avait causé avec quelques gens d'affaires de Lyon qui lui

avaient fait toucher de près les misères de l'emploi et les chaînes de la carrière. Ses fluctuations se ressaisirent de lui. Nous n'y reviendrons plus que pour le voir se relever aussitôt par la prière entre les bras de Dieu : « Prions l'un pour l'autre, mon bien cher ami, défions-nous de nos ennuis, de nos tristesses, de nos défiances. Allons simplement où la miséricordieuse Providence nous conduit, contents de voir la pierre où nous devons poser le pied, sans vouloir découvrir toute la suite, et toutes les sinuosités du chemin. »

La fréquentation du Palais n'affaiblit pas, loin de là, la prévention avec laquelle son esprit l'abordait. Certains procédés de plaidoirie lui déplurent. Il écrit : « Il n'est guère de cause, si bonne qu'elle soit, où il n'y ait des torts réciproques et où un plaidoyer loyal n'ait à reconnaître quelque point faible. C'est cependant le contraire qui arrive au tribunal. A entendre Tavocat, son client ne saurait manquer d'avoir raison en toutes ses allégations et prétentions; et l'adversaire, par contre, est nécessairement un drôle î . . . Ainsi se sont invétérées au barreau des habitudes d'invectives, d'hyperboles et de réticences dont même ses membres les plus respectables donnent l'exemple; et auxquelles il faut s'assujettir! » Le pourra- t-il jamais?

Ailleurs, il se scandalise de voir les affaires pécuniaires se discuter dans des conditions coutumières d'insincérité ou d'outrance : « Il est convenu qu'on doit demander deux cents francs de dommages-intérêts quand on en veut cinquante. Il faut qu'on tonne contre l'adversaire, qu'on le foudroie et qu'on le tienne terrassé, abattu à ses pieds. Que si vous vous exprimez en termes plus raisonnables, c'est une

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