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UNE ESPÉRANCE

mercial à Lyon, et ma nomination à cette chaire. Cette pensée, qui eût été téméraire si elle m'avait été personnelle, avait été conçue et adoptée par plusieurs personnes recommandables de notre ville. Aujourd'hui, les choses semblent approcher de leur accomplissement. La chambre de commerce de Lyon a formé auprès du ministre du commerce une demande qui doit être communiquée au ministre de l'instruction publique. »

Cette demande de la ville et ultérieurement la nomination d'Ozanam à cette chaire, J.-J. Ampère était prié de l'appuyer auprès de qui de droit, comme l'eût fait certainement le grand Ampère, s'il eût vécu un an de plus : « Représentant de son beau génie, ajoutait Frédéric, vous l'êtes aussi pour moi de sa bonté. Je suis. Monsieur, en attendant le nom d'ami que vous m'avez quelquefois donné, votre serviteur tendrement dévoué. »

Mais cette double affaire de la création d'une chaire de 'droit et de la nomination d'un titulaire devait entraîner de longs délais. Six administrations étaient appelées successivement à formuler leur avis, à son sujet. Bien que fortement poussée à Paris, l'affaire ne devait aboutir qu'au bout de deux années, durant lesquelles Ozanam porta son étude spécialement sur cette branche du droit, pour être en mesure, l'heure venue, de répondre à la confiance de ses concitoyens.

Il continua de plaider, sans s'y complaire davantage. « Ma vie, écrit-il le 10 mars à La Perrière, ma vie se passe entre des études intermittentes et des occupations importunes. Je compte irrévérencieusement, parmi ces dernières, les rares plaidoiries qui me mènent au Palais. »

Un procès de presse intenté à la Gazette dû Lyonnais pour attaque au gouvernement du roi, lui valut un beau succès d'audience. Il éleva le débat à de hautes considérations historiques, politiques et morales qui le firent apprécier. « On m'a beaucoup complimenté sur mon discours. Mes pauvres paroles ont parfois la fortune d'obtenir des félicitations ; des convictions jamais. » Il perdit son procès. Aux assises, on remarqua les superbes envolées de son éloquence passionnante, parce qu'elle était passionnée. C'était bien d'un orateur : son client fut condamné. A la fin de l'année judiciaire, octobre 1837, il en résumait ainsi le travail et le résultat : « J'ai plaidé cette année environ douze fois; trois fois seulement au civil, où j'ai gagné chaque fois. » C'était d'un vrai juriste. — « Oui, mon ami, sans doute les émotions de la plaidoirie ne sont pas pour moi sans charme ; mais les émoluments ne rentrent qu'avec difficulté ; €t les rapports avec les gens d'affaires sont si pénibles, si humiliants, si injustes que je ne puis m'y plier. »

Un jour même il arriva que, sous l'impression trop vive d'un fait particulier sans doute, il laissa s'échapper de sa plume cette boutade, qui serait injustifiable si elle s'appliquait à l'ensemble de cette cour de Lyon, de mœurs professionnelles de tout temps si honorables : « La justice, mon ami, est le dernier asile moral, le dernier sanctuaire de la société présente. La voir entourée d'immondices est pour moi une cause d'indignation à chaque instant renouvelée. Ce genre de vie m'irrite trop ; je reviens presque toujours du tribunal profondément ulcéré. Je ne puis pas plus me résigner à voir le mal qu'à le souffrir. »

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