‹ Frédéric OzanamChapitre 117 sur 344 · AFFAIRES ET ETUDES · texte numérisé non relu

AFFAIRES ET ETUDES

Alors il en revenait finalement aux Lettres qui, son unique amour, étaient aussi sa grande et ultérieure espérance : « Je pense t'avoir déjà dit, poursuit la lettre à Janmot, que l'une de mes thèses pour le doctorat es lettres est sur la philosophie de Dante , lequel j'admire de plus en plus. Ah! mon ami, heureux ceux dont la vie peut se consacrer à la recherche du vrai, du bien et du beau, et que n'importune jamais la vulgaire pensée des nécessités de l'existence! »

Mais c'était à Paris plus qu'à Lyon qu'il savait où trouver les sources de cette indispensable documentation. C'était à Paris aussi qu'il pouvait faire avancer l'affaire de sa chaire commerciale de Lyon. D'ailleurs toutes ses amitiés aussi bien que ses oeuvres ne l'y appelaient-elles pas, en passage du moins?

Il s'y rendit, pour trois mois, au printemps de 1837, et il s'y donnait tout entier et délicieusement à ses recherches savantes, lorsque bientôt, coup sur coup, fondirent sur lui des lettres rapides et foudroyantes : « Son père était mourant! » C'était le 12 mai 1836, que le bon docteur Ozanam, s'étant rendu au chevet de pauvres gens, avait fait, dans leur escalier ébréché, une chute mortelle : quelques heures après, il n'était plus.

Ni télégraphie privée, ni chemin de fer n'existaient alors entre Paris et Lyon. Le 15 mai, Lallier conduisait son ami à la diligence, triste et silencieux, n'osant lui annoncer la mort qu'il venait d'apprendre confidentiellement. Il fallut à Frédéric de trois à quatre journées pour se rendre auprès de sa mère et de ses frères ; et ce ne fut qu'en voyant leurs larmes et en

tombant entre leurs bras qu'il acquit la certitude et comprit toute l'étendue de son malheur.

Sa douleur fut inconsolable. Il la confie à J.-J. Ampère. Il lui rappelle le jour où, un an auparavant, l'ayant reçu dans sa petite chambre d'étudiant, tous deux ensemble avaient pleuré sur la mort du grand Ampère, presque également cher à tous deux. Puis il ajoute: «Aujourd'hui, c'est sur moi que se sont aussi appesanties les sévérités de la Providence. Quand, après une courte absence, je suis arrivé à Lyon, sur une alarmante nouvelle, mon père n'était plus là ; il n'y devait plus être jusqu'à la fin de ma vie. Ceux qui ne l'ont point éprouvé ne peuvent dire quel vide fait la privation d'un tel homme, quand tant d'amour et de respect l'entourait, quand il était réellement parmi les siens la présence visible de la divinité !

« Mon père, il est vrai, reprend-il avec Ampère, n'avait point obtenu dans la science une illustration de premier ordre; son nom n'était point célèbre dans les lointaines contrées ; mais ses travaux et ses vertus l'avaient fait aimer et estimer de ses collègues et de ses concitoyens au service desquels il est mort. Il ne vous était point connu, mais vous méconnaissez, moi son fils ; et si jamais votre bienveillance a trouvé en moi quelque chose qui ne vous déplut point, c'était de lui, de ses conseils, de ses exemples, qu'elle me venait. Ainsi, votre bonne affection m'assure d'avance que, cette année aussi, il y aura eu entre nous communauté d'afflictions : on se trouve presque heureux de ne pas souffrir seul. »

Avec de plus pieux que Jeàn-Jacques, c'est de la piété de son père qu'il aime à faire mémoire. « Nous éprouvons, mon ami, écrit-il à Gurnier, un grand soulagement à penser que la piété de mon père, re-

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