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MORT DU PÈRE

trempée, depuis ces derniers temps, par un usage plus multiplié des sacrements, les vertus, les travaux, les chagrins, les périls de sa vie, lui ont facilité l'entrée du séjour céleste, et que bientôt, si nous sommes bons, nous le retrouverons au rendez-vous éternel, où ne sera pas la mort. Plusse multiplie dans ce monde invisible le nombre des âmes chères qui nous ont quittés, plus puissante se fait l'attraction qui nous y entraîne. Nous tenons bien moins à la terre quand les racines par lesquelles nous y étions attachés sont brisées par le temps. »

Puis le trait d'union de l'amitié, la prière : « Mais, cher ami, l'amitié ne serait-elle qu'une communauté de chagrins?... C'est devant Dieu que je désire que vous vous souveniez de mes maux et des besoins de ma famille entière. A Dieu, mon cher ami, à Lui seul qui rapproche les distances, console l'absence et sait réunir tôt ou tard ceux qu'il a fait s'aimer. »

Le D^ Ozanam était un de ces hommes sur lesquels seuls repose tout l'édifice domestique; et, lui disparaissant, c'était l'effondrement de tout. De se sentir isolé désormais, le jeune homme se déclare saisi non seulement de douleur, mais de terreur. Il se compare à un enfant qu'on laisse seul soudainement dans une maison vide, et qui, tout effrayé, se met à pleurer, écrasé sous le sentiment de sa solitude et de sa faiblesse : « Il est vrai, dit-il, que ma mère est encore là pour m'encourager de sa présence et me bénir de ses mains ; mais abattue, souffrante, me désolant par les inquiétudes que sa santé me donne. » Son frère prêtre et missionnaire était perpétuellement pris par son ministère; son jeune frère Charles n'avait que douze ans : « Et moi-même, écrit Frédéric, que puis-je avec mon caractère irrésolu et craintif? J'ai plus

fiu;di;ric ozanam. 14

qu'un autre besoin, non seulement d'avoir beaucoup d'hommes meilleurs que moi autour de moi, mais d'en voir au-dessus de moi. l'ai besoin d'intermédiaires entre ma petitesse et Fimmensité de Dieu. » Et il se représente tel qu'un voyageur qui, dans une région orageuse, verrait s'écrouler le toit qui l'abritait, et resterait perdu sous la voûte infinie des cieux.

La charge du règlement des affaires de famille incombait au jeune juriste. Elle fut pénible : « Excepté des querelles entre frères, nous avons eu tous les ennuis d'une succession dans laquelle entre un mineur, n L'inventaire Ju petit avoir paternel, et la re vision des comptes du docteur, lui révéla l'extrême désintéressera ent de ce grand cœur. « Je lui en dois le témoignage, écrira Ozanam dans ses dernières pages: je constatai là, pièces en main, que le tiers de ses visites étaient faites sans espérance de paiement, pour des indigents reconnus comme tels. »

L'administration du petit patrimoine que Frédéric dut prendre en main, ne tarda pas à lui révéler l'exiguïté d'un revenu insuffisant pour les besoins d'une famille privée du travail de son chef. Qui donc, sinon lui, devra y pourvoir désormais par le sien? Mais de ses sollicitudes, la plus grande éta^t la santé de sa mère . A Henri Pessonneaux , son cousin , il écrit, 1 9 j uin : « Ma bonne mère est toujours bien souffrante ; la tristesse lui dévore le cœur, et un mal de tête intérieur ne la quitte j amais. Cependant sa vertu, pieusement résignée, fait l'admiration de tous ceux qui l'environnent. Heureux l'homme à qui Dieu a donné une sainte mère ! Mais pourquoi faut-il qu'à mesure que l'auréole de sainteté entoure plus brillante cette tête chérie, l'ombre de la mort semble s'en approcher? Pourquoi, dans les langues des hommes, la perfection

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