‹ Frédéric OzanamChapitre 119 sur 344 · DEUIL ET SOUCIS · texte numérisé non relu

DEUIL ET SOUCIS

est-elle synonyme de la fin?.. Mon cher ami, prie avec moi pour que ma mère me soit conservée ; qu'elle soit conservée à mes frères, qui ont tant besoin d'elle ; pour que cette maison que tu as connue heureuse et pleine d'amour ne soit pas désolée, remplie de deuil, donnée en spectacle comme un exemple des vicissitudes humaines ; devenue un scandale pour les impies qui, en voyant traiter si durement les familles chrétiennes, se demandent insolemment où est le Dieu en qui elles avaient espéré : Ubi est Deus eoi'um ?

a Pour moi, ajoute le chrétien, c'est toujours en lui que j'espère; et, jusqu'à présent, je suis résolu de suivre les indications qu'il me donne dans les circonstances si mêlées de ma vie ! »

Une des conséquences de la mort de son père était de le fixer indéfiniment à Lyon, auprès de cette mère, à côté de ce jeune frère, en sa qualité de tuteur et de soutien de famille. Mais encore fallait-il que sa position lui donnât le moyen de l'être.

Le travail de ses plaidoiries était presque improductif: dans une lettre, il se déclare réduit à escompter le prix d'une leçon « que lui demandent trois jeunes gens qui se trouvent trop grands seigneurs pour aller s'asseoir sur les bancs de l'école ». Il se montre, dans l'intimité, aux prises avec ce qu'il appelle Res angusta domûs. Une seule ressource lui restait : a Auprès de ma mère et de mes frères, la chaire de droit commercial, à Lyon, pourrait seule me donner une position sûre, honorable, paisible. » €'est dans cette vue qu'il multiplie auprès des diverses administrations, les démarches et les visites. Mais c'est de Dieu seul qu'il en attend le succès, et c'est à sa volonté de Père qu'il s'en remet : « Pour le reste, en tout ceci je me

tiens passif. J'éprouve une sorte de respect religieux, peut-être superstitieux, pour l'incertitude actuelle de ma destinée. Je m'en suis remis aux soins de la Providence, je crains d'y mettre la main. »

Cette main de la Providence à laquelle il s'attachait, il apprenait de plus à la baiser et l'adorer. Le 5 octobre de cette année 1837, se trouvant à Pierre- Bénite, près Lyon, après avoir déversé son cœur plein de larmes dans celui de Lallier, il termine sa lettre par le récit d'un entretien qu'il venait d'avoir avec un homme de Dieu, et le rappel que le prêtre lui a fait d'une parole de l'Évangile qui l'a stupéfié et remonté du même coup.

«... Vous voyez, mon ami, dit-il, que ma vie n'est pas semée de roses. Or, un des jours derniers, poursuivi par des images noires, l'esprit bouleversé par la méditation prolongée de mes misères intérieures ou extérieures, la tête en feu, réduit à une absolue impossibilité de penser et d'agir, je ne vis plus qu'un remède à l'excès de mon mal : le recours au médecin, au. médecin, veux-je dire, qui a le secret des infirmités morales et qui a le dépôt du baume de la grâce divine. »

Quel était ce prêtre de Lyon? Il ne le nomme pas. « Après que, continue-t-il, j'eus exposé avec une énergie qui, en ces occasions, m'est peu commune, le sujet de mes tristesses à l'homme charitable que j'appelle « mon père », que pensez- vous qu'il me répondit? Il me répondit par ces mots de l'Apôtre : Gaudete in Domino semper. N'est-ce pas là pourtant une étrange parole? Voilà un pauvre homme qui vient d'avoir le plus grand des malheurs, dans l'ordre des choses spirituelles, celui d'offenser Dieu ; le plus grand des malheurs dans l'ordre des choses de

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