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L'ACTION LITTERAIRE

A l'action charitable, Ozanam pressait Lallier de joindre l'action littéraire, par la publication de ses travaux d'Économie sociale, accueillis avec faveur dans la presse catholique. Lallier, auditeur assidu, comme Ozanam, des cours d'Économie de M. de Goux, était demeuré un des disciples les plus forts et les plus écoutés de son école ; il ne cessa de faire de cette science auxiliaire du droit l'objet de ses études et méditations, durant sa vie entière. Ozanam lui avait écrit, dès 1837 : « N'enfouissez pas le talent du Père <3e famille. Vous vous devez aux jeunes hommes de votre génération qui ont reçu les promesses de vos premiers succès. Vous vous devez à vos amis qui comptent beaucoup sur vous, pour les aider à se -conserver croyants et bons dans un siècle dangereux. »

Lui-même lui en donnait l'exemple, et il nous reste à nommer les travaux apologétiques de cette période lyonnaise, écrits sur de graves questions de droit public, auprès du fauteuil de sa mère endeuillée, et desquels il disait à Henri Pessonneaux, 13 juin 1837 : (( En attendant qu'aboutisse ma candidature à la chaire de Droit commercial, je n'abandonne point les travaux littéraires, qui sont pour moi certainement une des plus salutaires consolations terrestres. » Quant aux consolations célestes, nous venons de les voir.

Des biens de V Église : tel est Je titre et le sujet d'une étude en quatre articles, devenus ensuite quatre chapitres d'une savante brochure sur la propriété ecclésiastique. On y voit, fortement prouvé, que l'origine en est sacrée, la possession intangible, l'usage bienfaisant; et que la déprédation qu'en a faite la Révolution française est chose non seulement cri-

minelle et odieuse, mais antipolitique, antisociale, antihumanitaire au premier chef. Il y a bien des pages de cet écrit qui seraient à relire aujourd'hui.

Une autre étude, pubKée d'abord par V Univers septembre et octobre 1837, sous le titre à'Oi'igines du Droit français, était une vigoureuse critique d'une publication de M. Michelet sur ce même objet. Michelet avait émis cette paradoxale idée que c'était le droit romain, épuré, vulgarisé, intronisé par le stoïcisme, qui avait préparé les voies au christianisme. L'erreur était grossière. Le droit romain est dur, le stoïcisme est dur. C'est inversement le christianisme qui, par infiltrations constatées dès le premier siècle, avait pénétré, imprégné le despotisme de l'un, l'orgueilleux égoïsme de l'autre, de l'esprit de justice et de charité de l'Évangile. Telle est la thèse d'Ozanam, reprise bientôt par M. Troplong, justifiée ici par une érudition qui étonne et éblouit dans un si jeune auteur.

Mais le Michelet qu'il réfute, celui de 1837, n'étwît pas alors cet esprit débridé que fera plus tard écumer le nom seul de l'Église. Le récent étudiant de la Sorbonne déclare qu'il n'a pu oublier les jours où, au pied de la chaire de ce prestigieux charmeur, il mêlait ses applaudissements à ceux de ses camarades. « Il nous était impossible, écrit-il, de contempler sans émotion ce front que le travail a sillonné de rides, et ces cheveux qui ont blanchi avant l'âge. Toujours nous nous souviendrons d'un jour où, assis sur les bancs de la Sorbonne, nous entendions sa parole vibrante nous raconter la vie et la mort de Jeanne d'Arc, avec des accents qui nous faisaient verser des larmes. »

Est-ce tout? A cette sympathie littéraire se super-

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