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LA SOUTENANCE ; LE JURY

de Dante. Elle était dédiée à M. de Lamartine, à M. Ampère fils, et à M. Noirot, son ancien professeur de philosophie.

Cette soutenance fut entourée d'une pompe inaccoutumée. Outre un public très nombreux, pressé dans l'amphithéâtre, parmi lesquels beaucoup d'étudiants, neuf professeurs siégeaient au bureau : c'était la Faculté au complet : le doyen M. Le Clerc président, MM. Saint-Marc- Girardin, Jouffroy, Damiron, Guignant, Patin, Lacretelle et Fauriel. MM. Cousin et Villemain, qui, depuis 1830, ne faisaient plus de cours, vinrent prendre place parmi les juges, tous renommés, quelques-uns illustres. C'était un jury exceptionnel.

Le candidat qu'ils avaient devant eux était un jeune homme d'une extrême modestie, très défiant de lui-même; mais il n'était pas timide, ni craintif, dès qu'il se savait dans le vrai, avec le devoir de le défendre. Les difficultés d'une interpellation ou d'un examen, les émotions de la parole publique qu'il ressentait avec une extrême vivacité, aiguisaient et aiguillonnaient ses facultés, loin de les émousser; et nous venons de l'entendre avouer à un ami que, bien plus que la parole écrite, la parole parlée, le son d'une âme avait la puissance de le soulever et de l'inspirer : c'était un orateur.

M. de Lacretelle, que, malgré son grand âge, on continuait d'appeler Lacretelle le Jeune, professeur d'histoire à la Faculté depuis 1809, était au nombre des examinateurs. Il avait alors 74 ans, et il ne résigna sa chaire qu'à 87 ans. Il posa à Ozanam

uiilitatis studio commendatisimi-^ Filius mœrens. — Humanarum disciplinarum quorum sejnina abeo susceperat — fruclus nimium seros. — D. D. D.

cette question : « Quels ont été, au xvi* siècle, les maîtres de la langue et de la littérature française ? » Le candidat, dans sa réponse, plaça en tête saint François de Sales ; puis, par ordre de date , avec leur caractère divers, Rabelais, Michel Montaigne , Charron, Etienne Pasquier, etc. Tout aussitôt, le vieux professeur, qui n'avait probablement jamais lu saint François de Sales, se récria sur la primauté donnée à cet évèque. Ozanam apporta ses raisons. M. de Lacretelle multiplia les objections, aussitôt relevées par le brillant argumentateur bien armé. La lutte s'échauffait. Elle s'engagea à fond sur les convictions et les mérites de cet évèque savoyard, homme d'Église et de lettres. C'était amener Frédéric sur ses meilleures positions : philologie et philosophie tour à tour; doctrine et littérature. Puis origines de notre langue : ses oscillations au xv^ siècle, ses sources dans les idiomes grec, latin, germanique, et leur primitive dérivation des langues orientales : tout fut exploité par le candidat avec une force de dialectique et un bonheur de citations qui tournèrent au triomphe de l'évêque de Genève. Le vieux professeur aux abois s'arrêta ex abrupto^ n'ayant plus à invoquer de l'assistance, toute conquise au jeune lutteur, autre chose que le respect dû à ses cheveux blancs.

Mais le grand succès de la journée fut l'argumentation s\iv Dante et sa philosophie. Ozanam fut débordant sur ce sujet de six années de ses méditations. Un moment, il s'éleva si haut et fut si beau, qu'interrompant la discussion, M. Cousin s'écrira : « Ah! Monsieur Ozanam, on n'est pas plus éloquent que cela! » A ces paroles, la salle répondit par un tonnerre d'applaudissements. « C'était plus qu'un succès, c'était une révélation », dit le Père Lacordaire.

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