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LA SOUTENANCE; SON ÉCLAT

La sombre figure du Dante qu'il avait évoquée du xiii^ siècle, avec sa triple auréole de poète, de docteur et de proscrit, avait elle-même éveillé son génie. La Sorbonne n'avait pas le souvenir d'un examen aussi glorieux.

iMais les lettres d'Ozanam n'en disent pas un mot. Lui-même disparut silencieusement le lendemain. La santé de sa mère le rappelait.

Disons tout de suite que la réponse d'Ozanam à tant d'applaudissements fut de s'efforcer de faire mieux encore, en donnant à sa thèse sa forme définitive, dans un livre plus complet sous ce titre plus large : Dante ou la Philosophie catholique au XIIP siècle : a Ma thèse sur Dante est devenue un volume, écrit-il à un ami. Et si je ne m'arrête, je crains qu'elle n'en devienne deux. Vous reconnaissez là votre homme. » Quand le livre parut, il eut bientôt une traduction anglaise, une traduction allemande, et quatre traductions italiennes à la fois.

L'éclat de ce succès eut immédiatement sa répercussion dans l'opinion lyonnaise. Dès les premiers jours de février, le conseil municipal, à une majorité de 24 voix sur 36, nommait Ozanam professeur de droit commercial. Il ne manquait plus à cette nomination que d'être confirmée par M. le ministre de l'instruction publique. C'était M. Cousin. Encore sous l'impression de la thèse et de la parole qu'il avait applaudie , lui-même s'était empressé d'offrir au nouveau docteur es lettres la chaire de philosophie du collège d'Orléans. Ozanam avait donc l'option rentre l'un et l'autre poste. « Ici même, à Lyon, écritil, on s'accordait à croire que mes véritables intérêts d'avenir étaient sur les bords de la Loire. Pour moi, i'avoue que j'étais flatté de cette perspective d'une car-

rière exclusivement intellectuelle, d'une existence désormais départagée et plus paisible, enfin du voisinage de Paris. Mais j'y voyais par contre une plus grande dépendance, l'isolement dans une ville inconnue; et, par-dessus tout, la nécessité d'abandonner ma mère dix mois de l'année, au péril d'une surprise comme celle du 12 mai 1837. J'ai donc répondu à M. Cousin, qu'en le remerciant de la chaire de philosophie d'Orléans, je me trouvais néanmoins obligé, par mes devoirs de famille, d'opter pour la chaire de Lyon. »

Hélas ! cette mère ne lui était plus laissée que pour peu de jours. En août, Ozanam avait du se rendre et rester quelque temps à Paris pour ces dernières affaires, lorsque à son retour, 14, il la trouva aux prises avec une crise violente qui la brisa. Elle était condamnée sans espoir. Il en fut ainsi jusqu'au 14- octobre, qui fut son dernier jour. « Cette longue maladie, racontet-il à Lallier, m'avait fait redouter qu'en éteignant peu à peu ses facultés mentales, elle ne déshonorât le sacrifice suprême avant de le consommer. Cette épreuve lui fut épargnée. Aux derniers moments, l'énergie intérieure s'est ranimée ; et le Christ, en descendant pour la dernière fois dans le cœur de sa bien-aimée servante, lui donna la force des suprêmes combats.

« Elle demeura, trois jours à peu près, calme, sereine, murmurant des prières, et répondant par quelques mots d'ineffable bonté maternelle à nos caresses et à nos soins. Enfin vint la nuit fatale. C'était moi qui veillais; je suggérai, en pleurant, à cette pauvre mère, les actes de foi, d'espérance et de charité, qu'elle m'avait fait bégayer autrefois tout petit. Vers une heure, de nouveaux symptômes m'ef-

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