LE SIECLE OU LE CLOITRE
Saint-Dominique? D'ici là je voudrais, par une conduite plus religieuse, par des habitudes plus austères, conquérir quelque droit aux lumières d'En-Haut, quelque empire sur les passions d'ici-bas. Je convie mes amis à m'aider de leurs prières dans ces grandes et décisives circonstances. »
Au bout de l'année de deuil qu'il s'était réservée, la réflexion, les événements, l'assurance que lui donna l'abbé Noirot qu'il n'était pas fait pour la vie monastique, et le sentiment d'une grande mission laïque personnelle à remplir décidèrent Ozanam à rester dans le siècle. Entre plusieurs raisons d'ordre privé et domestique qui pouvaient l'y retenir, la plus considérable aux yeux de sa conscience et de sa foi, fut qu'il n'était pas moralement libre d'entrer en religion : il avait contracté un lien indissoluble avec la Société de Saint-Vincent de Paul. C'était à elle qu'il devait se dévouer, en lui demeurant pour l'organiser et l'étendre sur ce terrain séculier où il l'avait fait naître : œuvre d'apostolat, mais d'apostolat laïque, sacré lui aussi, duquel l'abandon serait une trahison; et cela à l'heure où, malgré son éloignement de Paris, il en était encore la première lumière et la meilleure force.
C'avait été en effet cette (Euvre de Saint-Vincent de Paul avec ses accroissements, qu'Ozanam représentait au Père Lacordaire, en réponse à l'invitation que celuici lui faisait de venir essayer du noviciat, à la Quercia : « La petite Société de Saint-Vincent de Paul voit grossir ses rangs d'une façon surprenante, lui écrivaitil. Une conférence nouvelle s'est formée d'élèves des Écoles normale et polytechnique : quinze jeunes gens, composant environ le tiers de ce séminaire de l'Univer-