LA VOCATION
site, ont demandé comme une faveur de passer deux heures, chaque dimanche, leur seul jour de liberté, à s'occuper de Dieu et des pauvres. L'année prochaine, Paris comptera quatorze conférences. Nous en aurons un nombre égal en province. Elles représenteront un total de plus de mille catholiques, impatients de marcher à la croisade intellectuelle que vous prêcherez. » Si le Père Lacordaire en était le Pierre l'Ermite, Ozanam n'en était-il pas le Godefroy de Bouillon?
Un peu plus tard, 1840, Ozanam, s'étant rendu à Paris, pouvait témoigner ainsi d'un progrès qui déjà dépassait du double le chiffre qu'on vient de lire : « M'étant trouvé là, le deuxième dimanche de Pâques, jour d'une des solennités annuelles de la Société y il m'a été donné de la voir réunie dans toute l'étendue de son rapide accroissement. J'ai vu rassemblés dans l'amphithéâtre de ses séances plus de six cents membres qui ne forment pas la totalité de son personnel à Paris. La masse en est composée de pauvres étudiants, sans doute, mais relevée en quelque sorte par l'accession des plus hautes positions sociales. J'y ai coudoyé un pair de France, un député, un conseiller d'État, plusieurs généraux, des écrivains distingués. J'y ai compté 25 élèves de l'École normale sur 75 qu'elle contient, 10 de l'École polytechnique, un ou deux de l'École d'état-major. Le matin, près de cent cinquante associés s'étaient approchés ensemble de la Sainte-Table, au pied de la châsse du saint patron. On avait reçu des lettres de plus de quinze villes de France qui ont déjà des conférences florissantes; un nombre à peu près égal s'est organisé cette année. Nous voici près de deux mille jeunes gens engagés dans cette paisible croisade de la charité catholique. »