‹ Frédéric OzanamChapitre 148 sur 344 · L'ENSEIGNEMENT SPECIAL · texte numérisé non relu

L'ENSEIGNEMENT SPECIAL

On retrouve là tout Ozanam, son érudition si sûre, son esprit si pénétrant, son cœur si droit, sa conscience si haute, et même quelques éclairs de son éloquence. Tout y est, comme le fruit est dans la fleur. »

Ozanam était moins laudatif, quand il parlait de ses premières leçons et de l'accueil qu'elles avaient reçu. <( Heureusement pour moi, l'amitié, qui s'entend à faire des succès, le respect d'un grand nombre de mes concitoyens pour le nom de mon père, et par-dessus tout Dieu qui mesure le vent àla brebis tondue, m'ont épargné l'épreuve d'une chute. Le succès n'a rien laissé à désirer que l'absence de ceux pour le bonheur desquels je l'avais désiré depuis si longtemps. »

En même temps, devançant de loin les initiatives universitaires, Ozanam écrivait dès 1840, dans le Contempoi^ain^ un mémoire considérable sur V Enseignement spécial supérieur que les transformations du siècle dans l'ordre économique, commandaient d'offrir à la portion de la jeunesse destinée à l'industrie et au commerce, parallèlement à l'ancienne et traditionnelle éducation classique réservée aux professions dites libérales. « Ce serait, disait-il généreusement, l'industrie recevant officiellement la consécration de la science ; et, sans déserter la position sociale que la Providence lui a faite, sortant cependant de roture et s'anoblissant par une alliance publique avec les hautes disciplines intellectuelles. » xM. Augustin Gochin relèvera plus tard la précoce sagesse et le sens profondément pratique de ces pages, inspirées par le désir du relèvement progressif des classes : « Les vues et les vœux d'Ozanam ont devancé les essais de nos gouvernants et de tïs^^ ministres. Il est un précurseur. »

Tout en étant bien au droit, parce que là était le devoir, Ozanam n'y était pas sans partage. Il ne pouvait pas oublier qu'en le nommant à cette chaire, 6 juillet 1839, M. Cousin, ministre de l'instruction publique, y avait joint ces lignes : « J'aurais bien aimé vous voir dans mon régiment. Mais je n'en désespère pas, et, en tout cas, je suis sûr qu'avec moi ou sans moi, vous aimerez et servirez toujours la vraie philosophie. Ne m'oubliez pas trop , car vous êtes sur de trouver toujours en moi un ami. »

Et quelque temps après la mort de sa mère, 8 janvier 1840 : « Vous voilà plus libre ; quand vous pourrez me revenir, vous me retrouverez. Dites-moi ce que vous faites, vos travaux, vos affaires, et l'état de la bonne cause philosophique à Lyon. Mille amitiés de cœur. »

Avec non moins de bienveillance, le recteur de FAcadémie de Lyon, M. Soulacroix, très sympathique à Ozanam, bien informé de ses préférences pour l'enseignement des lettres, mais, d'autre part, très désireux de le retenir dans cette ville, avait imaginé de l'y attacher plus solidement encore, en lui faisant attribuer, en plus de son cours municipal de droit commercial, la chaire de littérature étrangère dans la faculté de lettres récemment fondée. Elle était occupée par Edgar Quinet, mais celui-ci était désigné dès lors pour le Collège de France. Ainsi, pour Ozanam, l'aridité du droit serait-elle consolée par le sympathique attrait des belles-lettres, outre que la dotation modique de l'une de ces chaires serait compensée par la rétribution supérieure de l'autre. — « Ce serait le cumul, expliquait Ozanam à son ami. Le mot ne vous scandalise-t-il point? Pourvu que la poitrine et la tête y puissent tenir! Et puis, le ministre l'agréerait-il? »

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