CANDIDATURE AUX LETTRES
Ozanam en écrivit à Jean-Jacques Ampère. C'était le 21 février 1840. Il fît part à celui qu'il n'appelait encore que « Monsieur », de l'heureux accueil et résultat obtenu par ses dix-sept premières leçons de droit commercial. Mais il avoue que « les instincts et goûts naturels de son esprit le font aspirer ailleurs. Autrement il lui faudrait, pour vivre, achalander un cabinet de consultations et se rejeter ainsi dans les affaires, en renonçant pour toujours aux travaux intellectuels, passion malheureuse peut-être, mais dont néanmoins il ne peut espérer de guérir.
« M. Quinet, écrit-il, nous quitte à Pâques. La chaire de littérature étrangère, popularisée par son talent, a maintenant un public assez assuré pour permettre l'essai d'un enseignement moins brillant, mais peut-être plus solide. » Enfant de l'Italie par sa naissance, sachant l'allemand, lisant suffisamment l'espagnol et l'anglais, sympathiquement écouté du public, que manque-t-il à Ozanam pour remplacer Quinet à la Littérature étrangère? Rien que de lui ressembler par ses opinions révolutionnaires et son impiété. Est-ce là l'objection qu'on oppose à sa nomination? Est-ce le chrétien qu'on repousse? Ozanam écrit : « Je sais qu'on a fortement travaillé contre moi. On a décrié mes opinions politiques, incriminé mes convictions religieuses. Sont-ce ces convictions qui me fermeraient la porte des Facultés de Lettres? Franchement je commence à craindre ce que longtemps je n'ai pas pu croire réel. »
Mais sur ce point de sa foi religieuse, le chrétien se déclare absolument irréductible, coûte que coûte : (( Eh bien, poursuit sa lettre à Ampère, eh bien, si l'ostracisme est prononcé contre les catholiques, une fois pour toutes, il serait bon de le dire. Ils se tien-