LA CELEBRATION
cendre sur moi la bénédiction divine avec les paroles consacrées. »
Et à Lallier, à Pessonneaux, à qui il eût voulu présenter la charmante épouse qui lui était donnée : « Elle enchante tout le monde... Je me laisse être heureux. Je ne compte plus les moments et les heures. Le cours du temps n'est plus pour moi. Que m'importe l'avenir? Le bonheur dans le présent, c'est l'éternité. Je comprends le ciel. Aidez-moi à être bon et reconnaissant. »
Une lettre semblable était adressée quelques jours plus tard, 29, à M. Ampère... « Je suis tout illuminé du bonheur intérieur. Votre pensée a eu sa place au milieu des amis présents au pied de l'autel... Et votre nom revient à chaque instant, avec celui de votre vénéré père, dans mes conversations avec ma nouvelle famille... En vérité, je me sens presque quitte envers vous quand j'entends votre éloge sur ces lèvres si chères, dont un seul mot me fait tressaillir. »
Après un tel événement, nous ne pouvons que mentionner une saison d'un mois des deux époux aux Eaux d'AUevard, pour le traitement d'une laryngite dont le professeur se trouva allégé sinon guéri. Mais le vrai voyage de noces fut celui de Naples et de la Sicile, terminé, couronné, par dix journées à Rome. « Ce fut, depuis le premier jusqu'au dernier, comme un rêve enchanté », rapportent les lettres d'Ozanam.
Ils s'étaient bien, parait-il, demandé un peu lors du départ, s'ils n'allaient pas écorner notablement, par ce voyage, la réserve destinée aux frais de leur installation à Paris. Ozanam avait insisté : « Quel présent pouvait-il offrir à sa jeune épouse, qui fût plus
aimable, et plus durable que le souvenir de ce rivage des Deux-Siciles, vu par ses yeux d'artiste et expliqué à, elle par ses lèvres d'époux, d'historien, de chrétien et de poète?
Le tableau en est beau dans les lettres qu'il adresse de là à ses deux frères, à ses beaux-parents et à Lallier. Les deux antiquités païenne et chrétienne s'y dressent en face l'une de Tautre, parmi d'incomparables paysages et au sein de scènes familiales où la jeune épouse a toujours le beau rôle.
Le pèlerinage s'acheva donc à Rome. Le 5 novembre, Ozanam saluait ce dôme de Saint-Pierre, dont il dit : « La coupole de Saint-Pierre c'est le diadème de la papauté suspendu entre la terre et le ciel. Des mers qui baignent la côte d'Italie, on aperçoit en passant ce dôme colossal. D'autres fois, du haut des collines voisines, on voit le soleil se coucher derrière lui : emblème admirable de cette institution que nous voyons toujours debout et immuable, tandis que nous passons sur les flots du temps, et sur laquelle se couchera encore le dernier soleil de l'humanité. »
Le pape Grégoire XVI les reçut en père, les faisant asseoir tous deux auprès de lui : « Asseyez-vous là : vous êtes mes enfants, laissons l'étiquette pour un instant, et causons un peu. » C'est de Dante qu'on causa beaucoup : « Nous n'oublierons jamais l'heure solennelle où le souverain Pontife, après nous avoir fait asseoir et longuement causé avec Amélie et moi, étendit ses mains vénérées et bénit, avec nous, notre famille absente! »
Ozanam avait retrouvé là des amis, l'abbé Gerbet , qui y venait étudier Rome chrétienne ^ Cazalès qui y venait recevoir les ordres. Il y noua de hautes et savantes relations ecclésiastiques et laïques. Il rappelle le pa-