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LA SOCIETE DE S.-YINCENT DE PAUL

Louis de Baudicour le remplaçait comme secrétaire général. Eq 18i0, la délimitation s'était nettement établie entre le conseil particulier à la tête des conférences de la ville de Paris, et le conseil général préposé aux intérêts généraux de la société. Or, à l'époque où nous en sommes de cette histoire 184-2- ISiS, quatre-vingt-deux conférences fleurissaient dans kS villes et 38 diocèses différents, sous la bénédiction du Saint-Siège et la paternelle protection des évêques. « On est étonné, écrivait alors Ozanam à son frère, on est étonné, dans cette société française, tourmentée depuis cent cinquante ans par tant de doctrines perverses, ébranlée par tant de scandales, si décriée à l'étranger, de voir de telles œuvres de charité susciter taut de dévouements. Ici même à Paris, au milieu de la déconsidération de toutes choses, il n'y en a qu'une qui conserve de la dignité, des respects, de la popularité véritable : et c'est la religion. »

La Sorbonne, elle aussi, attendait le jeune maître. Son enseignement devait porter sur deux objets différents de littérature étrangère. L'une italienne, et spécialement le Purgatoire de Dante, qui était comme un legs de M. Fauriel, auteur d'une vie de ce poète. L'autre allemande, portant sur les origines des lettres en Germanie ; et se coordonnant au plan général du professeur sur les origines de la civilisation chrétienne chez les nations européennes. Il en ferait sortir la divinité du catholicisme par la grandeur de son œuvre civilisatrice sur cette terre barbare; et ce serait la première assise de la vaste cathédrale, dont la construction, formée de parties diverses, harmoniques entre elles, devait monter chaque année d'un étage de plus.

Ce fut le premier samedi de janvier 1841 qu'Ozanam ouvrit ce cours. Cejour-là, la Sorbonne, Faculté des lettres, vit entrer et prendre place, dans la chaire de Fauriel, un jeune professeur, pâle de ses longues et récentes veilles ; plus pâle encore quand, ayant levé les yeux sur l'assemblée, il vit tout l'amphithéâtre du premier au dernier gradin, attendant sa parole. Par bonheur, dans cette foule, il avait pu reconnaître bon nombre de visages familiers, plutôt des amis que des juges.

D'une voix mal assurée, il prononça lentement ces mots : « Au moment de paraître, pour la première fois, dans une chaire de l'antique Sorbonne, au milieu de tant de vieilles gloires rajeunies par de récentes illustrations... comment à ma reconnaissance ne mêlerais-je pas beaucoup de timidité ?. . . Mais au fond de toutes mes craintes, je retrouve des espérances. J'en retrouve en moi-même jusque dans cet âge qui m'effraye, mais qui d'autre part me rapproche de la majorité de mon auditoire. Peut-être y a-t-il quelque jouissance permise à monter dans cette chaire accompagné des souvenirs et des amitiés que j'ai naguère recueillis sur ces bancs. »

L'amitié y répondit par des applaudissements qui le ranimèrent un instant. Mais la première demiheure de sa leçon n'en fut pas moins laborieuse et douloureuse. Le sentiment de la gravité de cette décisive épreuve pour tout son avenir paralysait ses facultés. Il se dépeint lui-même, dans ses lettres, se traînant et s'empètrant dans ses notes : il n'était pas accoutumé à cette armure. On avait beau applaudir; on n'arrivait pas à le soulever. Lui-même s'irritait de sentir que sa parole incolore, incorrecte, ne rendait pas sa pensée. Ce n'était plus Ozanam. Cependant

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