‹ Frédéric OzanamChapitre 169 sur 344 · LE SAINT EMPIRE «OMAIN · texte numérisé non relu

LE SAINT EMPIRE «OMAIN

la chute de l'Italie et de la grandeur de la France. Il y aurait place pour les plus célèbres personnages de ce temps : Grégoire VII, Innocent ÏIl, Frédéric Barberousse, Rodolphe de Habsbourg. Les docteurs, les juristes et les poètes y figureraient aussi à titre ■de témoins, et là reviendraient toutes mes études coordonnées, remaniées et mises en œuvre, »

Mais ce travail, tout à l'honneur de la papauté et de l'Église, serait-il de nature à lui concilier les sympathies de l'école historique et du pouvoir politique du jour? C'eût été bien méconnaître l'esprit public d'alors que de le croire. La même lettre disait : « On dirait que, depuis quelques mois, il y a recrudescence de mauvais vouloir à l'égard des principes conservateurs, dont cependant le gouvernement déplore la décadence. On vient d'envoyer prêcher le saint-simonisme au Collège de France ; un réfugié italien va remplacer M. Bautain à Strasbourg; on décerne la croix d'honneur à l'auteur d'un livre aussi antifrançais qu'anti catholique. D'un autre côté, on autorise des cours publics pour les ouvriers, professés par des hommes notoirement hostiles aux idées chrétiennes, et qui s'emploient à ranimer contre l'Église les préjugés mourants et les haines éteintes. »

En face de cette hostilité menaçante, l'irréductible chrétien catholique qu'est Ozanam ne dissimulera rien de sa foi, ne sacrifiera rien de sa fière conscience d'historien. Il l'écrit ainsi ; et son beau-père tle sait bien : « Tout cela m'inquiète souvent, mon bon père, mais ne me décourage pas. Je sais que dans nos convictions il y a une force plus grande que le mauvais vouloir de nos adversaires. Je ne gagnerais rien à les dissimuler; je n'acquerrais pas la con-

drais celle de la jeunesse qui m'aime. Il n'est pas inopportun, dans les temps où nous sommes, de conserver quelque dignité et quelque indépendance !

« Ce travail, fort approuvé de ceux à qui j'en parle, je vais encore en mûrir un peu le dessein. Je m'occuperai ensuite de l'exécution ; et aussitôt après Pâques, je rassemblerai les matériaux nécessaires. »

Pourquoi les forces et les années pour l'accomplir ne lui ont-elles pas été données? Quel autre était mieux préparé et mieux doué que lui pour le réaliser? Se représente-t-on ce qu'eût été pour la religion et les lettres, une histoire philosophique du Saint-Empire romain, signée de cette main de maître?

Mais, quoi qu'il écrive' ou qu'il enseigne, l'historien catholique revendique son droit et reconnaît son devoir. Droits et devoirs sont le sujet des lettres qu'il faut relire. Le premier est de parler suivant ses propres convictions religieuses. « Ceux, dit-il, qui ne veulent pas de croyance religieuse dans un travail scientifique, trouveront peut-être que, dans les miens, j'ai fait la part trop grande au christianisme. Quant à moi, je ne connais pas d'homme de cœur qui veuille mettre la main à ce dur métier d'écrire, sans une conviction qui le domine. Je n'aspire point à cette triste indépendance dont le propre serait de ne rien croire et de ne rien aimer. Sans doute, il ne convient pas de prodiguer les professions de foi : mais qui donc aurait le courage de toucher aux points les plus mystérieux de l'histoire, de remonter à l'origine des peuples, de se donner le spectacle de leurs religions, sans prendre un parti sur les questions éternelles qu'elles agitent? Et qui peut prendre un

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