DEVOIRS DE L'HISTOIRE
tel parti, surtout dans un siècle de doute et de controverse, sans que sa pensée en reste pleine et sa parole émue? »
Alors, établissant nettement les conditions d'entière sincérité qui chez le croyant s'allient au respect de la foi et sa confiance en elle, Ozanam écrit d'une main ferme : « On ne peut demander à l'écrivain que deux choses : premièrement que sa conviction soit libre et intelligente, et le christianisme n'en veut pas d'autre ; secondement que le désir de justifier une croyance n'entraîne pas à dénaturer les faits, pour leur en extorquer des preuves. Mais rien de pareil ne sollicite la plume des écrivains chrétiens. Rassurés sur ces questions suprêmes de Dieu, de l'àme, de l'éternité, qui troublent tant d'intelligences, ils doivent entrer dans la science avec liberté et avec respect. Ils savent qu'il n'est permis ni de dissimuler aucune vérité, si petite, si profane, si embarrassante même qu'elle paraisse. Ils se feront conscience de ne dissimuler aucune tache pour avoir le droit de ne voiler aucune gloire. Si leurs recherches aboutissent à justifier un dogme révélé, ils le constatent et s'en réjouissent, par amour du vrai. Et s'il ne leur est pas donné de lever les obstacles et de conduire la science jusqu'au point où elle rencontrerait la foi, ils savent que d'autres la pousseront plus loin. Et ils prennent patience en pensant que la route est longue, mais que Dieu est au bout. »
Le travail sur les origines de la civilisation en Europe, commencé par la Germanie, se poursuivit sans interruption par de semblables études sur ce que Ozanam appelle Vltalie aux temps barbares. Ce fut le sujet de son cours de l'année 1843 et suivantes, de-
venus plus tard l'Introduction de son livre de La civilisation chrétienne au V^ siècle dont nous reparlerons. Qu'il nous suffise de dire présentement l'impression que le professeur en recueillit pour son âme, puisque c'est elle principalement qui nous occupe dans ce livre. Et écoutons comme il ea parle dès lors à son jeune frère, dans cette lettre du 23 juin 184^3 :
« Mon cher Charles, je suis près d'achever la première année de l'histoire littéraire d'Italie depuis l'ère chrétienne jusqu'au temps de Charlemagne. Ce travail a été pour moi, comme pour mes auditeurs, une étude plus profonde et plus vivante de la papauté, par qui s'est fait ce difficile passage de l'antiquité aux temps modernes. Eh bien, mon cher Charles, j'ai éprouvé tout ce qu'on gagne à voir le christianisme de plus près. Ses bienfaits, que je n'ignorais pas, je les ai trouvés plus grands encore que je les avais jamais crus. Plus que jamais, je sens combien on devrait aimer l'Église qui a tant fait pour nous conserver, pour nous préparer, pour rendre possible tout ce que nous avons desavoir, d'intelligence, de liberté et de civilisation ! »
En attendant le grand ouvrage, Ozanam en donnait des fragments détachés au Correspondant, moyennant une révision ou mieux une réfection qui lui était un grand labeur, tant il y voulait, fond et forme, de solidité et de perfection ! C'est au sujet d'un de ces articles qu'il écrivait le 9 mars 1843 : « Je viens d'achever six semaines des plus laborieuses de ma vie, me refusant toute distraction et prenant sur mes nuits. Vous savez combien j'ai la composition difficile; et plus que jamais j'ai besoin de ne