‹ Frédéric OzanamChapitre 18 sur 344 · L'ENFANT : L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

L'ENFANT : L'ÉDUCATION

gence distinguée et cultivée qui l'élevait au-dessus du commun des femmes de son rang. Elle parlait et écrivait bien, dessinait agréablement, ayant le goût des lettres et de la poésie, et s'y essayant dans de petites pièces de circonstance, joliment tournées et mieux dites encore. Un'y avai t pas de bonne fête de famille sans une joyeuse chanson de cette aimable mère.

Frédéric veut que, dans l'œuvre de son éducation, à côté de sa mère, une place soit donnée à une jeune sœur, Élisa, l'ainée de la famille, de laquelle, dix-huit ans après, il écrivait à un ami, dans ces termes d'une tendresse émue : « J'avais une sœur, une sœur bien-aimée, qui m'instruisait conjointement avec ma mère; et de telles leçons étaient si douces, si bien présentées, si bien appropriées à mon intelligence enfantine, que j'y trouvais un véritable plaisir. » — « Voilà comment, explique- t-il, on a dit qu'étant enfant j'étais fort doux et fort docile; et on attribuait cela à la faiblesse de mon tempérament; mais l'influence de ma sœur en est une autre et meilleure cause. J'avais sept ans quand ma sœur, ma bonne sœur, mourut. Elle avait dix-neuf ans. Oh! que j'en eus de chagrin ! »

Plus tard encore, presque à la fin de sa trop courte carrière, dans une dé ses leçons à la Sorbonne, un jour Ozanam évoquera le souvenir transfiguré de cette mère et de cette sœur; et d'une voix déjà affaiblie par la souffrance, il dira mélancoliquement : « Messieurs, si vaste qu'il soit, ce monde est trop petit pour nous. Il est trop petit pour nos désirs et nos espérances, surtout, si bientôt il ne doit plus avoir à nous donner que six pieds de terre. Il est trop petit pour nos souvenirs aussi, surtout si nous eûmes une mère qui aima les pauvres, qui nous aima, qui

s'épuisa de tendresse pour faire de nous des gens de bien ; si nous eûmes une sœur qui abandonna la terre avant d'avoir connu d'autre amour que celui de Dieu. Alors n'avons-nous pas besoin de placer ces personnes chéries dans un monde meilleur que celuici? Ne croyons-nous pas à leur assistance, si quelque heureuse inspiration vient nous visiter? Et, si nous cherchons à rappeler dans notre mémoire ces chères images, ne rehaussons-nous pas encore de nouvelles beautés ces traits charmants et chéris, pour n'y voir plus rien que de parfait et d'immortel, ajoutant rtinsi nous-même un nouveau chapitre à l'histoire des saints? »

A neuf ans, Frédéric, préparé par son père, était de force à entrer dans la classe de cinquième au collège royal de Lyon que dirigeait alors un proviseui prêtre : « Là, rapporte-t-il lui-même, peu à peu je devins meilleur. L'émulation triompha de ma paresse. J'aimais beaucoup mes maîtres : j'étudiai avec ardeur. J'obtins des succès qui m'encouragèrent et j'avoue que je commençai à en concevoir de l'orgueil. Mais j'avais bien changé depuis mon entrée. Je tombai malade cependant; et je dus aller alors passer un mois à la campagne. Je me relâchai un peu en quatrième, mais en troisième je repris courage : ce fut l'année de ma première communion. »

Ozanam la salue de cette exclamation : « 0 jour de bonheur! Puisse ma langue rester attachée à mon palais, si jamais je t'oublie! On constata mon changement. J'étais devenu modeste, doux, docile; mais j'étais encore orgueilleux et emporté ! »

A treize ans, au carême de 1826, les conférences données au collège par un missionnaire célèbre, semblent avoir fortement impressionné cette jeune

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