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APRES LA LEÇON

qui, pour être tout aimable, n'en ajoutait pas moins à son épuisement. Cette même jeunesse qu'Ozanam venait de tenir suspendue à ses lèvres, s'attachant à ses paSjl'accompagnait encore au sortir de la salle, lui faisant un cortège d'honneur intime, familier. C'étaient proprement les disciples, s'efforçant de fendre les rangs pour recueillir de lui la parole particulière, personnelle : celle qu'on n'oublie plus; et le reconduisant ainsi jusque chez lui, à travers les allées du jardin du Luxembourg, dans le bonheur d'un entretien, qui n'avait que le tort de prolonger une leçon de cinq quarts d'heure.

Il y en avait d'autres, et c'était le grand nombre, qui s'en retournaient silencieusement dans la méditation de ce qu'ils venaient d'entendre. C'était la vérité ; elle dissipait leurs doutes, el ils se rendaient à elle. Un jour Ozanam trouva à son adresse, chez le concierge de la Sorbonne, le billet suivant: « Monsieur, je sors de votre leçon. Il est impossible de ne pas croire ce que l'on exprime si bien et avec tant de cœur. Si ce peut être pour vous une satisfaction — que dis-je? un bonheur — éprouvez-le dans toute sa plénitude. Avant de vous entendre, je ne croyais pas. Ce que n'avaient pu faire beau nombre de sermons, vous l'avez fait en une fois ; vous m'avez fait chrétien. — Recevez, Monsieur, l'expression de ma joie, de ma reconnaissance. »

La plus grande joie fut pour le maître, comme en témoigne son frère à qui il la fit partager sur l'heure.

Cet accent de conviction qui faisait des croyants, impressionne même les plus irrévérencieux et les plus sceptiques : « Il a le feu sacré, écrivait Sarcey. Il y a une telle conviction intérieure en cet homme que, sans art apparent, il vous convainc, il vous

émeut. Il a une imagination tendre et rêveuse, et il trouve d'admirables expressions pleines de mélancolie et presque poétiques. A l'écouter, on se sent venir les larmes aux yeux. » Et Sarcey le compare et l'oppose à M. Jules Simon « qui est orateur jusqu'au bout des ongles, mais à qui manque un peu cette ^ conviction intérieure, sans laquelle on n'est qu'un admirable comédien ». La conviction intérieure d'Ozanam s'appelle la foi.

C'était une chose bien nouvelle à la Sorbonne, qu'un cours de catholicisme par l'histoire, si j'ose dire, professé officiellement et accueilli avec applaudissement dans une chaire laïque de l'État. Sans doute le récent triumvirat de MM. Guizot, Cousin et Villemain, venait d'y jeter sur l'enseignement supérieur des lettres un éclat incom'parable. Mais s'il devait en partie son succès à l'éloquence de ces maîtres, n'empruntait-il pas sa plus grande popularité à la politique du moment, dont cette belle parole s'étudiait à flatter les passions et attiser les ardeurs? Le jeune professeur catholique, lui, s'avançait à la défense de doctrines austères, à rencontre de la prévention populaire, pour une victoire qui ne devra rien qu'à la vérité seule, mais servie par une force de conviction qui n'a d'égale que son tendre dévouement à ces jeunes hommes, ses disciples, pour lesquels il tient école de vérité et de charité tout ensemble.

C'est à cette action qu'il nous faut considérer le bon maître.

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