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CHAPITRE XVI

COLLÈGE STANISLAS. — SORBONNE ; ÉTUDIANTS. — EXAMENS. — LE CERCLE. — LES CONFÉRENCES DE PARIS. — LA POLÉMIQUE RELIGIEUSE. — SOUVENIRS ET RÉSOLUTIONS.

Depuis le commencement de 1842, M. et ]\P* Frédéric Ozanam, domiciliés à Paris, y avaient pris d'abord un modeste mais tranquille appartement, dans la rue de Grenelle-Saint-Germain. Lorsque la saison chaude le rendit inhabitable, l'amitié de M. Bailly leur en procura un meilleur, avec jardin, rue deFleurus, tout près du Luxembourg, dont les vertes allées ouvraient devant ses fenêtres de larges et riants aspects. Ozanam l'appelle un palais! La maison avait été bâtie pour Murât, le futur roi de Naples ; elle avait ensuite servi d'habitation au prince de Clermont-Tonnerre, après lequel elle entra dans la possession de M. Bailly qui fut heureux d'y louer au jeune ménage ami un appartement modeste, à un des étages supérieurs. C'est là que nous venons de voir ses étudiants de la Sorbonne le reconduire ordinairement, au retour de sa leçon, dans un affectueux cortège.

Ils n'étaient pas ses seuls élèves. Ozanam avait

accepté de faire, en dehors de son cours, trois classes de lettres par semaine aux rhétoriciens du collège Stanislas. C'était le directeur de cette école, en 18U, qui lui en avait fait la demande, à des conditions honorables qui devaient suppléer à l'exiguïté de ses ressources. Ce directeur était alors l'abbé Gratry. Il avait trente-cinq ans ; et l'on eût imaginé difficilement deux intelligences et deux cœurs plus sympathiques et harmoniques que ces deux âmes de philosophes et d'écrivains.

Les premières paroles d'Ozanam à ses rhétoriciens avaient été celles-ci, de respect et de confiance mutuelle : « Je ne vous punirai jamais. Je me propose de vous traiter en hommes, si je trouve ici des hommes. S'il en était autrement, si je devais avoir affaire à des gamins, je ne perdrais pas mon temps et ma peine avec vous. « Ils le prirent au mot, leur respect et leur attachement répondirent au sien. Et il sortit de là des hommes.

Le professorat d'Ozanam à Stanislas fut mémorable. Un de ses élèves d'alors, et assurément un des plus illustres et des plus dignes de lui, M. Garo, plus tard professeur de philosophie à la Sorbonne, et membre de l'Académie française, va nous introduire dans sa classe.

« Je me souviens, raconte-t-il, comme si c'était hier, du jour où nous le vimes paraître dans sa chaire. La première impression fut toute à la curiosité, et, je dois le dire, à une curiosité un peu moqueuse. Ozanam n'avait pour lui ni la beauté, ni l'élégance, ni la grâce. Sa taille était médiocre, son attitude gauche et embarrassée. Une extrême faiblesse de la vue, une chevelure broussailleuse lui composaient une physionomie plutôt étrange. La ma-

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