DISCIPLES EN SORBONNE
général, y obtenait peu ou point de succès. A la fm de cette année scolaire, la rhétorique y fut couronnée plusieurs fois. Il arriva en même temps qu'un grand nombre d'élèves d'Ozanam demandèrent, comme une faveur, de faire une seconde année de rhétorique avec lui.
Jamais professeur n'obtint à ce degré cette attention religieuse qu'on a appelée un applaudissement silencieux. Ils le lui disaient, un jour de fête, en ces termes gracieux :
Chaque jour, recueillis dans la paix de l'école, A vos doctes leçons tressaillant de plaisir. Nous n'osons point troubler votre aimable parole : Qu'il nous soit une fois permis de l'applaudir !
« Par le progrès des années, écrit encore Caro, les anciens élèves d'Ozanam, devenus des étudiants, furent presque tous ses amis. Je n'ai jamais connu maître plus aimé. La jeunesse allait à lui par d'inévitables sympathies ; et ces sympathies, des deux côtés, étaient fidèles. On ne se décidait pas à se passer de lui quand on l'avait connu. «
A la suite de Caro qui vient de parler pour tous, il faudrait entendre aussi M. Heinrich, qui fut plus tard rOzanam de la faculté de Lyon, M. Nourrisson, le philosophe chrétien du collège Stanislas, de l'Institut, du Collège de France, pour qui Ozanam demeura qu'à la fin un consolateur et un modèle.
Bien différent de ceux-ci était un auditeur des premiers cours, Ernest Renan, qui en parle ainsi dans ses papiers de jeunesse : « Je ne sors jamais de sa leçon, sans être plus fort, plus décidé au grand, plus courageux et plus allègre à la conquête de l'avenir. » Il écrivait à sa « bonne mère » de Bretagne *
« Le cours de M. Ozanam est l'apologie constante de ce qu'il y a de plus respectable. » Plus tard, c'est le môme homme qu'on entendra s'écrier : « Ozanam! Ah! que nous Taimions! Quelle belle âme! »
Un autre de ses auditeurs, un normalien, Prévost Paradol, ayant passé devant Ozanam son examen de licence, était tombé, lui sceptique, sous le charme de cet heureux croyant. Il le pleura -, et quand, écrivant ses mélancoliques pages sur la Maladie et la Mort, il eut à citer l'exemple d'une mort transfigurée par l'espérance de l'immortalité, c'est Ozanam qui le lui fournit. « Pour mourir comme Ozanam est mort naguère parmi nous, il n'est pas besoin de son intelligence délicate et cultivée, ni de son éme généreuse. Les plus humbles de ses frères l'imitent sans peine ce jour-là, parce qu'ils l'ont imité tous les jours; et la vue exercée du chrétien n'a pas besoin d'être perçante pour contempler, à la place de la mort, les cieux tout grands ouverts. »
Un autre jeune licencié de la même journée, M. l'abbé Goux, un toulousain, élève de la récente École des Carmes à Paris^ prit ensuite la confiance d'aller le consulter au sujet de ses thèses. de doctorat en préparation. Ozanam l'accueillit avec joie. Ni le déjeuner qui pressait, ni l'avis réitéré qui lui en était envoyé, ni la discrétion de l'étudiant qui se leva à plusieurs reprises pour se retirer, ne purent vaincre cette insistante charité : « Rasseyezvous, je vous prie; sincèrement vous me faites de la peine en me quittant sitôt. » Il est Vrai que les thèses dont le sujet était soumis à Ozanam étaient, l'une Lérins au V^ siècle,, ç^i l'autre De Divi Thomae sermonibus. Ce candidat au doctorat es lettres .devenu évêque de Versailles, aimait à rappeler cette bonté