‹ Frédéric OzanamChapitre 176 sur 344 · LES DISCIPLES · texte numérisé non relu

LES DISCIPLES

rare de laquelle il disait : « Jamais je n'oublierai la bonne grâce avec laquelle M. Ozanam m'a reçu. J'ai trouvé ailleurs de la courtoisie; mais chez lui c'était pure charité chrétienne : je lui étais inconnu, et je ne devais plus le revoir; et il me traitait comme un ami, un frère, w

Élève lui aussi de cette École des Carmes, le cardinal Lavigerie écrira un jour à la veuve d'Ozanam : « Je suis heureux, Madame, de vous transmettre les bénédictions de Léon XIII, et d'acquitter ainsi, pour une faible part, ma dette de reconnaissance envers l'homme illustre et bon, qui ne dédaigna pas de m'accorder sa direction et son patronage, aux temps lointains déjà où j'affrontais le doctorat de la faculté de lettres de Paris, sans songer que ces palmes qui me venaient de lui, je devais les porter un jour dans nos déserts africains. »

Tous les jours de la semaine, hormis ceux de sa leçon, de huit heures à dix heures du matin, Ozanam se tenait à la disposition de ses étudiants. Ils remplissaient son antichambre, comme celle d'un ministre, nies recevait avec grâce, s'entretenait longtemps avec eux, de ce qui les concernait, comme s'il n'avait rien autre chose à penser et à faire. Et, bien que ce fût l'arracher tout vif à ses plus chères amours, il n'en montrait ni impatience, ni regret.

Je ne puis mettre au nombre des étudiants d'Ozanam les candidats aux grades académiques dont, plusieurs fois par an, il était nommé d'office un des examinateurs à Paris ou enprovince. C'est là, et spécialement aux examens du baccalauréat, que sa patience fut mise souvent à rude épreuve : « Je suis écrasé d'examens de baccalauréat, de licence, de doctorat. Il est déjà bien long de passer des journées à questionner et à recevoir les réponses. Mais il l'est encore

plus de recevoir les candidats, leurs pères et mères, qui viennent demander des conseils et de la bienveillance : les fils qu'on m'amène pour qu'ils s'accoutument à ma figure ; et ceux qui reviennent ensuite pour savoir les causes de leur échec et les movens de le rép arer : sans compter les parents qui se fâchent, qui défendent pied à pied les contresens de la version: qui jettent les hauts cris contre 1 injustice et la dureté des examinateurs. »

Il s'est représenté plusieurs fois dans ses lettres, « assis à cette bienheureuse table verte, entre la question de grec et celle de mathématiques, entre les professeurs qui baillent et les candidats qui se troublent, en attendant que ^denne son tour de questionner sur rhistoire, la littérature, la géographie, parcourant toute la terre et tous les siècles ». dit-il. Et quelles réponses lui sont faites parfois ! Qu'on en juge : — « Quelle est l'assemblée qui précéda l'assemblée des États généraux de 1789? » L'auditoire souffle : « Les notables! » Le candidat : « Monsieur, c'est l'assemblée des notaires. » — L'examinateur : « Vous saurez mieux l'histoire du siècle de Louis XIV. Comment se nommait ce surintendant des finances célèbre par ses malheurs ? » L'auditoire souffle : « Fouquet. » Le candidat : « Monsieur, il s'appelait Fould. » Un autre lui apprend que Montesquieu fut un grand évêque. Ozanam avoue que la plume qu'il tenait lui en tomba des doigts.

Comme examinateur. Ozanam était sévère : particulièrement sévère pour les candidats auxquels il s'intéressait, plus sévère encore envers les ecclésiastiques comme étant, plus que les autres, tenus à l'exem pie du savoir. Un jeune séminariste refusé à l'examen étant V enu lui demander les raisons de ce refus.

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