LES EXAMENS
Ozanam le reçut avec la plus grande bonté, en lui signalant une à une les fautes de sa composition. Puis tout à coup, et sévèrement : « Monsieur l'abbé, Thabit que vous portez nous permet, nous commande, d'être plus exigeants. Quand on a Tbonneur d'aspirer au sacerdoce, on ne s'e3cpose pas à en compromettre la dignité par un semblable échec. Noblesse oblige. » M. Maxime de Montrond raconte comment, par contre, il ne laissait jamais passer impunément, ara examens où il siégeait, une atteinte quelconque portée à la religion et à l'Église : « Un jour, un jeune italien, libre penseur, candidat à la licence, avait séduit le jury par l'abondante facilité et distinction de sa parole. Vint le tour d'Ozanam de l'interroger : « Monsieur, lui dit-il d'une voix ferme et émue, je rends justice à votre talent, mais je ne puis admirer votre savoir. Vous avez brutalisé les Pères de l'Enlisé en les accusant d avoir arrêté la civilisation. Tous n'êtes point dans le vrai. Monsieur ; vous Tauriez été en disant au contraire qu'ils ont bâté sa marche. » — Assentiment général.
Ozanam retrouvait un grand nombre de ses étudiants au Cercle catholique. Là commençaient à s'organiser, sous le nom de Conférences, des réunions privées où des sujets d'études variés étaient traités par des hommes religieux et savants, et écoutés, mieux qu'ailleurs, avec le calme et la dignité qui conviennent aux choses de l'esprit. Ozanam accepta d'y présider la conférence de littérature. N'y était-il pas préparé par la conférence d'histoire et de philosophie, qu'avec M. Bailly, il avait organisée vingt ans plus tôt, à Paris? Nous ne possédons pas les discours improvisés que le président
du cercle y tenait à la jeunesse. Nous voyons seulement que c'est d'abord au travail, celui de leur âge, celui de l'étude, qu'il exhortait les étudiants. Il leur disait par exemple : « Aujourd'hui, nous ne travaillons pas. Sept ou huit heures par jour données à la science alarment pour nos misérables santés la sollicitude de nos amis. Sachons-le pourtant ; il ne faut pas se croire dispensé par la foi, de la recherche studieuse, de la fatigue et des veilles. Le travail, châtiment de la déchéance, est devenu la loi de la régénération. »
Et au Cercle catholique encore, à l'élite lettrée de la jeunesse de Paris : « Prenez au sérieux. Messieurs, ce que nos ancêtres appelaient modestement le métier des lettres. Fouillez, travaillez la science. Dieu est au fond de la science, mais il veut qu'on le cherche pour éprouver l'amour, et il fait qu'on l'y trouve pour ne le désespérer pas. Le chemin de la science est long, jeunes gens; nous ne sommes qu'au commencement : mais, s'il ne nous est pas donné de voir le terme de nos recherches, nous aurons du moins montré le but à d'autres qui l'atteindront. Ils en auront la joie ; et ce sera la Providence qui en aura la gloire. »
En outre du Cercle, il était d'autres et plus hautes réunions vers lesquelles Ozanam acheminait la jeunesse. Telles les Retraites préparatoires à la Communion pascale que dans ces mêmes années, Semaine sainte de 184-2, le Père de Ravignan venait d'inaugurer à Notre-Dame. « Depuis lundi dernier, écrit-il à son jeune frère, chaque soir, plus de six mille hommes assistent à la retraite prèchée [lar le Père de Ravignan. Il est impossible de rien entendre de