CERCLE CATHOLIQUE
plus élevé, de plus solide que ces discours; surtout on ne pouvait rien voir de plus beau que l'assemblée... Aujourd'hui une communion générale des hommes vient de couronner ces pieux exercices : nos rangs serrés remplissaient la nef du milieu, deux fois longue comme celle de Saint- Jean de Lyon. Il y avait de nobles et riches personnages, couverts de décorations ; et, à côté d'eux, des pauvres en veste d'ouvriers, des militaires, des élèves de l'École normale et de l'École polytechnique, des enfants; mais surtout des étudiants en grand nombre. Après la communion qui, donnée par deux prêtres, a duré une heure, un magnifique Te Deum a rempli les voûtes, et nous nous sommes séparés profondément émus. »
Cependant d'ordinaire, même après le saint cantique, tout n'était pas encore fini pour Ozanam. Ce que sa lettre ne nous dit pas, ce que son frère nous apprend, c'est qu'au sortir de Notre-Dame, et tout rempli encore de la présence de Jésus-Christ, le pieux communiant ne manquait pas, avant de rentrer chez lui, de passer par la maison de ses pauvres de la conférence, pour ainsi rendre à Notre-Seigneur, dans ses membres souffrants, la visite qu'il venait de recevoir de lui dans l'Eucharistie. Ainsi se plut-il toute sa vie, à couronner cette matinée solennelle. C'était l'achèvement de son action de grâces.
Les pauvres, la charité, la Conférence de Saint- Vincent de Paul, étaient un autre rendez- vous du maître et des disciples. De cela aussi il faisait fête à son jeune frère Charles, déjà entré dans la Conférence de Lyon, et qu'il faisait aspirer vers celle de Paris : « La Société de Saint-Vincent de Paul te prépare, mon bon frère, ces jouissances de pieuse fra-
ternité que j'y ai trouvées si nombreuses et si douces. Je ne sais pourquoi je me sens tant heureux et si fier de t'y voir entré. C'est un lien de plus entre nous. Remercions donc la divine Providence, mon ami, de nous avoir fait entrer tous deux dans cette jeune et croissante famille, qui est peut-être destinée à régénérer la France, en préparant à toutes les professions libérales, aux sciences, aux arts, à l'État, une recrue de chrétiens. C'est un joyeux dévouement que tu dois porter à des œuvres placées sous le patronage d'un si bon saint, et qui ont reçu de la Providence de si incroyables bénédictions ! »
Dès le 28 février 1842, Ozanam, rentré depuis trois mois à Paris, eut la joie d'assister à une des quatre assemblées plénières annuelles de la société.
C'étaient, ce jour-là, 600 jeunes gens, autant qu'en pouvait contenir le vaste amphithéâtre, « réunis, comme il s'exprime, pour s'entretenir ensemble d'un peu de bien déjà accompli et de beaucoup de bien qui restait à faire ». Le rapporteur de la séance présenta l'état général de l'œuvre : 2.000 confrères de Paris et de la province; 1.500 familles secourues à Paris ; une maison paternelle, un patronage d'apprentis.,. Et les bienfaits sans nombre d'une misé- /ricorde spirituelle moins apparente, mais encore plus efficace que l'autre.
« Mais, ajoute Ozanam, le rapporteur n'a pas dit assez la merveille de cette communauté de croyances et d'œuvres, préparant pour un prochain avenir une génération nouvelle qui, dans la science, les arts et l'industrie, dans l'administration, l'université, la magistrature, le barreau, portera la détermination unanime de moraliser le pays, et de devenir elle-même meilleure pour rendre les autres plus heureux. »