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RÉUNIONS DE CHARITÉ

Trois mois après, premier dimanche de mai, c'était dans l'église de Saint- Vincent de Paul, rue de Sèvres, autour de l'autel et devant la châsse du glorieux apôtre de la charité, qu'Ozanam venait recevoir la sainte communion, accompagné des députations des 25 conférences de Paris. Puis, dans le chœur, d'anciens missionnaires lointains, confesseurs de la foi ; et aux tribunes la double et triple rangée des cornettes blanches des Filles de la Charité.

Le soir, dans l'amphithéâtre ordinaire des réunions, Ozanam parla des inondations du Rhône. Le Préfet s'était entendu avec l'Archevêque pour charger la Société de répartir les secours dans le faubourg de Vaise, le plus ravagé par les eaux. C'étaient six cent mille francs que les conférences de Lyon avaient distribués en sept mois aux familles sinistrées.

Le patriarche d'Antioche, président de l'assemblée, vieillard à barbe blanche, levait les bras au ciel : « La voilà donc cette France si calomniée, cette jeunesse si méconnue ! » Quand il eut béni cette foule, à l'issue de la séance, longtemps encore la place resta couverte de groupes amis entre lesquels s'échangeaient d'encourageantes paroles*.

Les paroles d'Ozanam l'avaient été beaucoup; mais il y avait joint de graves recommandations.

1. Les conférences nouvelles, depuis 1835, dans l'ordre chronologique de leur fondation, étaient à Paris : Saint-Merry, Saint-Koch, Saint- Nicolas-des-Champs, Saint-Germain-des-Prés, Saint-François-Xavier des Missions, Saint-Séverin, Saint-Louis d'Antin, Saint-Médard. Saint- Nicolas du Chardonnet, Notre-Dame des Victoires, Sainte-Marguerite, Notre-Dame de l'Abbaye aux Bois, Saint- Jacques du Haut-Pas, Sainl- Germain-l'Auxerrois, Sainte-Valérie, Saint-Gervais, Saint-Vincent de Paul, Saint-Thomas d'Aquin, Saint-Pierre de Chaillot, Sainte-Marie des Batignolles, Saint-Denis du Saint-Sacrement, Saint-Eustache, les Quinze-Vingts, Saint-Lambert de Vaugirard, Saint-Jean du Collège de Stanislas, 4 octobre 1841. V. Origines de la société, p. 14, en 1841.

Après le rapport sur la marche progressive de l'œuvre, il avait signalé l'obstacle; il avait dit : « Une seule chose, messieurs, pourrait nous arrêter et nous perdre : ce serait l'altération de notre premier esprit ; ce serait le pharisaïsme qui fait sonner de la trompette devant lui ; ce serait l'estime exclusive de soi, qui méconnaît la vertu et le mérite en dehors du tout petit cercle que nous sommes ; ce serait une surcharge d'exigences et de pratiques d'où résulterait la fatigue et le relâchement des confrères; ce serait une philanthropie verbeuse, plus pressée de parler que d'agir ; ou encore une bureaucratie qui entraverait notre marche, en multipliant et enchevêtrant les rouages. Mais ce serait surtout l'oubli de l'humble simplicité qui présida d'abord à nos rendez-vous, nous fit aimer l'obscurité sans chercher le secret, et nous valut peut-être la grâce de nos accroissements. Car Dieu se plaît à bénir ce qui est petit et imperceptible : l'arbre dans sa semence, l'homme dans son berceau et les bonnes œuvres dans la timidité de leurs débuts. »

L'année suivante, 8 décembre 1843, dans un rapport présenté à l'Assemblée générale de l'Immaculée Conception, Ozanam relèvera la jeune société de son humilité, en la montrant pour ainsi dire portée entre les bras de l'Église, et bercée sur ses genoux depuis ses premiers ans. Ainsi parle-t-il de la protection de l'épiscopat. « Nous l'appelions sur nous comme un signe de la faveur du ciel, comme une précieuse incorporation dans l'Église, surtout comme une sauvegarde contre nous-mêmes. Dieu, qui ne dédaigne rien de ce qui est faible, a daigné nous prévenir de cette faveur dans une mesure qui a déjà dépassé nos espérances, plus timides que nos vœux. »

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