‹ Frédéric OzanamChapitre 180 sur 344 · SOCIÉTÉ DE SAINT-VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ DE SAINT-VINCENT DE PAUL

Après M^"" l'Archevêque de Paris qui présida plusieurs fois les assemblées générales, Ozanam nomme les archevêques d'Avignon, de Cambrai, de Tours; les évêques de Coutances, de Tulle, de Saint-Flour. Il Ht les lettres de ceux de Besançon, de Dijon, du Mans, de Saint-Claude, d'Aire, de Rodez, de Versailles; il présente celles de Bourges, de Bennes, de Vannes, de Saint-Brieuc, d'Autun, de Langres, de Limoges : « Messieurs, dit-il en résumant, nos conférences de province ont germé au pied des cathédrales : elles existent dans quarante-cinq diocèses ; dans tous avec l'approbation de l'autorité religieuse et sous le patronage des prélats qui leur ont ouvert leur chapelle, leur palais, et habituellement leur bourse. » Il cite l'archevêque de Lyon, le cardinal d'Arras, les évêques d'Amiens, de Nîmes, de Metz, d'Orléans. « L'épiscopat des Gaules tient la première place dans l'histoire de la civilisation chrétienne. Toutes nos grandes choses se sont faites par ses mains; et les plus petites peuvent grandir à son ombre. » — De là Ozanam monte jusqu'à Rome, au Vatican, et il y fait voir des confrères agenouillés pour y solliciter la bénédiction du Saint-Père sur la jeune famille de Vincent de Paul. Il avait été l'un de ces solliciteurs de la première heure.

Dans sa Notice sur Ozanam, Lacordaire a parlé de « ces créatures privilégiées qui sont faites de la main de Dieu, quand Dieu, pour toucher le monde, veut unir quelquefois la tendresse au génie ». Et c'est la tendresse, la bonté, la charité, l'indulgence, la douceur, qu'il admire dans Ozanam, jusqu'au plus fort de ces combats où « abrité, invincible sous le bouclier de la vérité, il tempère dans son épée la

force qu'il y sent, de peur d'achever la mort de quelque âme qui peut encore revivre ».

Dans les années qui suivirent 1840, la polémique était ardente entre les partis politiques et religieux ; et il arrivait parfois aux catholiques eux-mêmes de se porter à des emportements de plume et de langage que ne justifiait pas la justice de leur cause et les excès de leurs adversaires. L'esprit de mesure et d'équité qui était dans Ozanam s'en montrait offensé et effrayé en même temps. Beaucoup l'étaient avec lui. L'ami de la jeunesse estima de son devoir de la prémunir contre ces voies âpres par lesquelles la vérité n'arrive pas aux âmes.

Sa présidence de la conférence littéraire du Cercle lui en fournit une solennelle occasion. A ce titre, il dut faire entendre sa parole dans une réunion honorée de la présence de M^ Affre, le nouvel archevêque, devant un grand nombre de personnes respectables du dehors, sympathiques à l'œuvre et à l'orateur de la journée. « En acceptant cet honneur, rapporte-t-il lui-même, j'avais consulté d'avance Sa Grandeur, sur le sujet de mon discours. Elle insista vivement pour que je traitasse ces questions, sur lesquelles Elle paraissait bien aise d'avoir à s'expliquer publiquement. »

Le discours traita des Devoirs littéraires des chrétiens. Il parla de V orthodoxie dans les lettres, comme en étant le fond, la lumière ei la sécurité. Il parla de la controverse et de la défense de la vérité chrétienne, selon l'esprit et les préceptes et les exemples de l'Évangile, des apôtres et des apologistes de la foi. Elle s'inspirera donc du double amour de la vérité et de la charité, de la miséricorde et de la paix. Il cite ces lignes de Pascal : « La conduite de

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Dieu, qui dispose toutes choses avec douceur, est de mettre la religion dans l'esprit par la raison et dans le cœur par la grâce. Commencez par plaindre les incrédules, ils sont assez malheureux. 11 ne faudrait les injurier qu'en cas où cela leur servit; or cela leur nuit. » Et Ozanam examine le cas de ceux qui nient et le cas de ceux qui doutent.

« Il ne faut pas d'abord désespérer de ceux qui nient. Il ne s'agit pas de les mortifier, il s'agit de les convaincre. Gardons-nous donc de pousser à bout leur orgueil par l'injure, de peur de les porter ainsi à se damner plutôt qu'à se dédire. Et, quelle que puisse être la déloyauté ou la brutalité de leurs attaques, donnons-leur la leçon d'une polémique généreuse.

« Quant à ceux qui doutent — et c'est le grand nombre — beaucoup d'entre eux ressentent la douleur de ne pas croire. On leur doit une compassion qui n'exclue pas l'estime. Dans la reconstruction de la vérité qui honore notre siècle, plusieurs nous ont prêté le concours de leurs efforts par la restauration des doctrines spiritualistes. Nous ne serons point ingrats. Nous avons fait ensemble la moitié de la route. Maintenant arrivés plus loin et plus haut qu eux, souvenons-nous que ce ne fut point sans leur aide; et tendons-leur la main ! »

Il termina en suppliant les catholiques de ne pas compromettre par leurs fautes et leurs divisions les conquêtes récentes du passé et les espérances de l'avenir : « Ce mouvement du retour des esprits à la foi veut être conduit et modéré avec des sollicitudes infinies pour aller jusqu'au bout. Nous sommes encore trop loin de la terre promise pour prendre des airs de vainqueurs et de maîtres. Gardons nos bâtons de voyage, de crainte de faux pas et de heurts, et ne

plaignons ni le temps ni la peine. Le peuple de Dieu demeura quarante ans en chemin : il est vrai qu'il était sous la conduite du prophète, et il finit par trouver le lieu de son repos. L'Église de France, elle non plus, n'a pas achevé de traverser le désert; mais elle aussi a seSxMoïses, et nous arriverons! »

Salué et invité par ces derniers mots, l'Archevêque se leva pour prononcer quelques paroles très courtes, très simples et dénuées d'ornements, à la manière habituelle de M^"" Affre : « Je n'ajouterai rien à ce que vous venez d'entendre et d'applaudir. Je craindrais de l'afîaiblir. Je me bornerai à approuver : et c'est de tout mon cœur et sans restriction que je le fais. Les conclusions de ce discours sont résumées et confirmées parfaitement par le livre de l'Imitation, quand il dit que « l'homme passionné et colère tourne tout bien en mal, tandis que l'homme pacifique tire tout au bien». C'est en substance ce qu'on vient de dire. Quant au chapitre de l'Imitation où vous trouverez ces lignes, j'ose à peine en traduire le titre : « De bono pacifico homine; Du bon homme pacifique ». Je souhaite à chacun de vous d'être un bonhomme de ce genre. »

C'était bien en somme un discours de paix que résumait ainsi cette parole de paix. Aussi, grande et douloureuse fut la surprise de laquelle Ozanam écrit à M. Dufieux, juin 1843 : « Je viens de lire dans VUnivers un article publié le jour de l'Ascension sous ce titre : De la modération et du zèle^ où j'étais désigné comme un lâcheur de la lutte catholique. C'était la réponse de ce journal à mon discours, dans lequel aucune expression ne s'adressait à lui. On m'en a fait des excuses... »

Sans récriminer nullement, la lettre d'Ozanam se

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