CHAPITRE XVII
LA LIBERTÉ d'eNSEIGNEMENT. — « LE CORRESPONDANT ». — CATROLIQUE d'aBORD. — LE TITULARIAT. — ■ ADIEUX DU COLLÈGE « STANISLAS ». — L'ÉMEUTE EN SORBONNE. — LE COURS DE M. LENORMANT.
Les années 1843 et suivantes évoquent le souvenir de la prise d'armes des catholiques de France pour la revendication de la liberté d'enseignement, à rencontre du monopole universitaire. Nous venons de voir Ozanam s'effrayer « de la recrudescence des mauvaises doctrines l», et des faveurs et distinctions décernées à ceux de l'Université qui en distillaient le venin dans leur enseignement ou parlé ou écrit. A Paris, près de lui, au Collège de France, s'élevaient dans une popularité croissante, les chaires de MM. Quinetet Michelet, armés contre l'Église de leur formidable puissance de passion et d'imagination, par où ils fascinaient la jeunesse : la fascination du regard du serpent et le chatoiement de ses couleurs, au soleil brillant de ce siècle.
Le jeune professeur ne se contentait pas de gémir. Il écrit à M. Dufieux, 5 juin 1843 : « Je fais tous mes
efforts, qui sont trop faibles sans doute, pour soutenir, de concert avec M. Lenormant, M. Cœur professeur d'éloquence sacrée, et quelques autres, une lutte vigoureuse contre l'enseignement des professeurs du Collège de France. Pendant que M. Quinet et M. Michelet attaquaient le catholicisme lui-même sous le nom de Jésuitisme, j'ai tâché de défendre, dans trois leçons consécutives, la Papauté, les Moines, l'Obéissance monastique ^ Je l'ai fait devant un auditoire très nombreux, composé de ce même public qui, la veille, trépignait et applaudissait ailleurs. Pourtant, je n'ai pas eu de tumulte; et, dans mes leçons suivantes, je n'éviterai jamais l'occasion, que je rencontrerai souvent, d'établir l'enseignement, les bienfaits, les prodiges de l'Église. »
Ces courageuses leçons étaient aussitôt par lui livrées à la publicité. « Lisez le Correspondant, écritil à ses deux frères. Vous y trouverez l'analyse d'une de mes leçons sur les moines : c'est une réponse aux attaques de MM. les professeurs du Collège de France. )>
Dans le même temps, le jeune professeur faisait savoir à M. Théophile Foisset, principal inspirateur du Correspondant, sa « velléité de concourir pour le Discours sur Voltaire », mis au concours par l'Académie française. « Toute l'irréligion en France procède encore de Voltaire, lui écrit-il; et je ne sache pas que Voltaire ait de plus grand ennemi que l'histoire. »
C'est par le Correspondant qu'Ozanam était entré en particulière amitié avec M. Foisset, dont le nom paraît ici pour la première fois. Avec M. de Monta-
l. V. Civilisation chrétienne au V siècle. Leçon xii'.