AU COURS DE M. LENORMANT
son chagrin : « Ah! mon ami, qu'il se fait de mal dans le monde par l'inconséquence et la timidité des gens de bien! Quant à moi, je ferai tous mes efforts, pour qu'on ne sépare pas ma cause d'avec celle de M. Lenormant. Tant que ses leçons seront troublées, je ne cesserai pas d'y assister; j'userai de toute mon influence auprès d'un certain nombre de jeunes gens pour recruter l'auditoire. C'est le jeudi 8 janvier que la reprise des cours doit avoir lieu. »
Le jeudi 8 janvier, Ozanam était là. Dès que M. Lenormant apparut, une bordée de cris insensés salua son retour. Il essaye de parler : les sifflets lui répondent. Ozanam, n'y tenant plus, se lève, se dresse sur son banc et là, debout, il reste quelque temps silencieux, contemplant ce déchaînement d'un regard de dédain et de pitié. Devant cette crâne attitude, une salve d'applaudissements part de plusieurs gradins. Réprimant d'un geste les acclamations qui s'adressaient à lui, Ozanam rappelle les agitateurs à « cette liberté dont ils font tant d'état pour eux, les adjurant de la respecter dans la conscience des autres ». On fit silence. L'effet de cette parole fut de permettre au professeur de continuer ou plutôt de commencer sa leçon, qui put se terminer à peu près sans interruption.
Cet armistice pouvait être le commencement de la paix. Mais l'autorité universitaire céda devant la violence ; et le lendemain on apprit que le cours était fermé par ordre du gouvernement.
M. Lenormant démissionna, pour prendre la direction du Correspondant y où nous le retrouverons