LA PATERNITÉ CHRÉTIENNE
A cet intérieur, à cette famille, la joie des joies fut donnée. Un jour, 7 août 1845, Ozanam put écrire à M. Foisset : « Après tant de faveurs qui fixaient ma vocation en ce monde, et qui mettaient fin à la dispersion de ma famille, un bienfait nouveau est venu me faire connaître la plus grande joie probablement qu'on puisse éprouver ici-bas : Je suis père! ))
Devant ce berceau, la surnaturelle grandeur de la paternité lui est apparue, avec ses grâces, ses devoirs: u Ah! Monsieur, s'écrie-t-il, quel moment que celui où j'ai entendu le premier cri de mon enfant! Où j'ai vu cette petite créature, mais cette créature immortelle, que Dieu remettait entre mes mains! Qui m'apportait tant de douceurs et aussi tant d'obligations!... Je ne puis voir cette douce figure, toute pleine d'innocence et de pureté, sans y trouver l'empreinte sacrée du Créateur, moins eliacée qu'en nous. Je ne puis penser à cette âme impérissable dont j'aurai à rendre compte, sans que je me sente plus pénétré de mes devoirs. Gomment pourrai-je donner des leçons, si je ne les pratique? Dieu pouvaitil prendre un moyen plus aimable de m'instruire, de me corriger, et de me mettre dans le chemin du riel?
« La mère, à peu près rétablie, a la consolation d'allaiter son enfant. C'est un plaisir bien laborieux, mais bien vif. Ainsi nous ne perdrons pas les premiers sourires de notre petit ange. » Et le chrétien ajoute : « Avec quelle impatience j'ai vu venir l'heure de son baptême ! Nous lui avons donné le nom de Marie, qui était celui de ma mère, et tout d'abord en mémoire de la céleste Patronne à qui nous attribuons cette heureuse naissance. Nous commencerons son éducation, en même temps qu'elle recommencera la nô-
tre; car déjà je m'aperçois que le Ciel nous l'envoie pour nous apprendre beaucoup et pour nous rendre meilleurs . «
Par rang d'amitié, Lallier devait être le parrain de l'enfant. Dès l'annonce de cette naissance, il était accouru à Paris. Le tableau qui lui fut présenté alors est celui-ci qu'Ozanam lui retraçait ensuite, 27 août : « Je ne sais rien de plus doux sur la terre que de trouver, en rentrant chez moi, ma femme bien-aimée, avec ma chère enfant dans ses bras. Je fais alors la troisième figure du groupe; et je demeurerais volontiers des heures entières dans l'admiration, si, tôt ou tard, des cris ne venaient me rappeler que la pauvre nature humaine est bien fragile, que sur cette petite tête bien des périls sont suspendus, et que toutes les joies de la paternité ne sont données que pour en adoucir les devoirs . »
Le remerciement au parrain est d'une grâce céleste ; nous ne pouvons l'omettre : « Laissez-moi vous remercier de vos vœux pour notre petit ange qui vous doit un peu ses ailes, puisque les anges de la terre n'en ont pas d'autres que la foi et la charité conférées au sacrement du baptême... Votre nom sera un des premiers qu'on mettra sur ses lèvres, quand elle commencera à prier Dieu. Le temps me dure que ce soit bientôt. lime semble qu'aussitôt que cette pauvre petite créature, si douce et si innocente, pourra murmurer une prière, il n'y aura plus rien que le Ciel puisse lui refuser. »
Quelquesjours après cette naissance, Ozanam emmenait sa femme et son enfant passer les vacances à Nogent-sur-Maine. Il se disait heureux : « Le séjour delà campagne me donne un loisir que je ne me con-