‹ Frédéric OzanamChapitre 192 sur 344 · VIE DE TRAVAIL · texte numérisé non relu

VIE DE TRAVAIL

donner à mes obligations, mes sociétés, mes œuvres, mes pauvres, mes amis. »

Dans un autre ordre de choses, il n'avait pas cessé sa collaboration aux Annales de la Propagation de la Foi, Dans le compte rendu de mai 1845 (t. XVII, p. 161\ il déclare, en tête, que « l'intérêt qu'il y prend lui en allège la peine, et que son âme s'en trouve meilleure et plus près de Dieu ». Ailleurs il dit que le spectacle des martyrs de l'Océanie le reporte à celui des célèbres martyrs de Lyon, au ii" siècle. <( Les mêmes scènes se continuent sous nos yeux ; le prétoire n'est pas fermé, les haches sont encore sanglantes ; les lettres des missionnaires nous ont fait assister aux interrogatoires et aux supplices de nos frères. Ne sentons-nous pas la foi se réveiller plus ardente dans nos cœurs; et, fiers du triomphe des nôtres, ne nous écrierons-nous pas aussi : « Nous sommes chrétiens ! »

La Société de Saint-Vincent de Paul demeurait toujours sa plus habituelle préoccupation. Depuis le 9 mai 184-4, M. Bailly avait démissionné de la présidence par une lettre touchante, qu'en leur qualité de vice-présidents, MiM. Ozanam et Cornudet portèrent à la connaissance des confrères, 11 juin. Elle se terminait par ces paroles : « Adieu, Messieurs et chers confrères, adieii! Et que cet adieu, qui n'est pas un acte de séparation, nous unisse plus que ja-r mais en Jésus-Christ. Je finis en vous répétant ce que je diB à nos confrères, lorsque la première de toutes les conférences dut se sectionner, à cause du nombre de ses membres. — Courage, Messieurs, réunis ou séparés, de près ou de loin, aimons-nous; aimons et servons les pauvres. Il se fait beaucoup de mal ; faisons beaucoup de bien ! »

Lorsque, après huit jours de prières à l'Esprit- Saint, et l'oblation du saint sacrifice à celte intention^ dans trois séances tenues le 15, le 18 et le 21 mai, le Conseil général délibéra sur le choix d'un nouveau président, bien des regards se portèrent spontanément sur Ozanam. Il n'y fallait pas songer. Le vrai service rendu alors par lui à la société fut de lui faire traverser heureusement la crise délicate et pénible ouverte par la retraite de son premier président. Lui et Gornudet firent élire M. Gossin. Lorsque ensuite on le pria d'accepter ou garder la viceprésidence, alors il s'inclina. G'étaitle travail encore, mais le travail plus obscur, dans un dévouement continu aux intérêts « de sa chère petite Société », ainsi qu'il la nommait. Vice-président, sans cesse prorogé dans ses fonctions, Ozanam ne devait les quitter qu'avec la vie

La circulaire par laquelle Ozanam présenta aux conférences M. Gossin, ancien conseiller à la Gour royale de Paris, fondateur et président de la Société de Saint-François Régis, président de la Gonférence de Saint-Sulpice, disait de lui brièvement : « Son nom est connu des pauvres, aimé des catholiques, respecté de toutes les opinions. Son énergique maturité — il avait alors cinquante ans — peut suffire à tous les travaux, et son noble cœur à tous les dévouements. »

Si Lallier, l'ancien second de M. Bailly, n'était plus là, en retour Ozanam ne lui écrit pas une lettre sans que la Société y ait sa place d'honneur. « Vous souvenez-vous, lui dit-il, août 18i5, comme nous vous grondâmes, quand vous amenâtes, en 1833, ce pauvre de La Noue, qui portait notre nombre à neuf? Aujourd'hui nous sommes environ neuf mille. »

Page 1