‹ Frédéric OzanamChapitre 193 sur 344 · SAINT VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

SAINT VINCENT DE PAUL

Dès janvier 1844", Lallier avait réuni dans une modeste chambre, près la porte Notre-Dame, à Sens, la première conférence de Saint-Vincent de Paul. « Son personnel, racontait-il, se composait de deux membres; les séances, pendant trois semaines, se passèrent à faire la prière, la lecture de piété et la quête, et à se demander où l'on trouverait un troisième con- Sfrère, afin de former, avec son concours, une de ces réunions que Notre-Seigneur a promis de bénir, et où l'on pût mettre en pratique la règle : Ti^es faciunt capitulum. Ce confrère, Je troisième en date, vint enfin donner à la réunion naissante sa vie normale; et, le 13 février 184.4,1a conférence sénonaise, munie d'un président, d'un secrétaire-trésorier, et d'un membre qui formait l'assemblée, écrivit son premier procès-verbal. Cinq mois après, 26 juillet, la conférence présentait à IVP son archevêque 18 membres actifs, 17 membres honoraires, 16 familles pauvres visitées. Elle devait comi)ter un jour jusqu'à cinquante membres. »

C'était d'un plus haut bonheur que se congratulait la correspondance d'Ozanam : Pie IX venait d'être donné à l'Église ! u A propos de Saint- Vincent de Paul, vous saurez que le conseil général a écrit une lettre à Notre Saint-Père Pie IX, pour le féliciter de son glorieux avènement, lui offrir un exemplaire du Manuel et appeler sa bénédiction sur nos œuvres. C'est votre serviteur qui l'a rédigée dans son plus beau latin. J'ai l'avantage d'être le latiniste du conseil, comme je suis quelquefois le théologien de la Faculté : j'espère que mes goûts de conciliation sont satisfaits. »

On le voyait aussi, dans ce temps-là, à la réunion dominicale de? ouvriers de la Société de Saint- Xavier, dans la crypte de Saint-Sulpice, Il en était

l'orateur. La parole qu'il leur adressait, parole fraternelle, parole improvisée et familière, n'en était pas moins une parole charmeresse, mais dont l'art principal consistait à se mettre au niveau de l'ouvrier pour se mettre ainsi à sa portée : « Voyez-vous, mes amis, leur disait-il un jour, chacun a son métier ici-bas. Mon métier à moi, c'est de compulser les vieux livres. Eh bien, dans la poussière des bibliothèques, je trouve parfois de bonnes leçons enveloppées dans de belles histoires. Laissez-moi vous raconter une de celles qui charmaient les veillées de nos pères. »

Alors, avec sa grâce naturelle, il rapportait et commentait une de ces légendes irlandaises dont il redressait la scène, dont il faisait revivre les héros et les héroïsmes, et qui toutes aboutissaient où tout doit aboutir, aux sanctions éternelles. « C'est nousmêmes, expliquait-il, qui faisons notre destinée dès ici-bas, mais sans la connaître encore, à peu près comme les ouvriers des Gobelins travaillent à leur tapisserie. Suivant docilement le dessin d'un artiste inconnu, ils s'appliquent à assortir sur le revers de la trame les fils de diverses couleurs indiquées par lui, mais sans voir le résultat donné par leur travail. C'est seulement ensuite, quand l'ouvrage est terminé, qu'ils peuvent admirer ces fleurs, ces tableaux, ces personnages, ces merveilles d'art sorties de leurs mains pour aller faire l'ornement de la demeure des rois. Ainsi, mes amis, travaillons-nous sur cette terre, dociles et soumis à la volonté de Dieu, sans voir ce qu'il fait par nous. Mais lui le voit, le sait, lui l'artiste divin; et quand, notre tâche achevée, il nous fera apparaître l'œuvre de toute notre vie de labeurs et de peines, nous en serons dans l'extase, et

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