AU CERCLE CATHOLIQUE
nous le bénirons de ce qu'il daigne agréer nos faibles œuvres, pour les placer dans ses demeures éternelles. »
Enfin, il y avait encore la conférence littéraire du Cercle catholique ou mieux de l'Institut catholique, comme s'était dénommée, depuis 1843, l'organisation générale des conférences, embrassant désormais les sciences et les arts comme les lettres et le Droit. Elles étaient données par autant dégroupes de savants éminents, formés en comités en vue de faire échec aux leçons antichrétiennes de l'enseignement officiel. M. Cauchy l'avait présenté en ces termes : (( Une jeunesse studieuse et chrétienne a désiré que l'expérience de ceux qui l'avaient précédée dans la. carrière pût lui venir en aide. Elle a espéré que les maîtres de la science, hommes de talents éprouvés et d'un attachement connu à la foi catholique, ne refuseraient pas de lui servir de guide. Cet espoir ne sera pas trompé. Tous les membres des deux comités rivaliseront de zèle pour ce service. Tous demanderont, tous ont déjà demandé à Dieu qu'il daigne bénir des travaux qui ne sauraient manquer de tourner à sa gloire ^ ! »
La littérature y était représentée avec éclat par la leçon hebdomadaire d'Ozanam. Elle était dans sa main le levier avec lequel il soulevait vers les grandes choses l'âme de ces chrétiens. Ceux-ci se rappellent une soirée où, vibrant d'émotion, il leur parlait ainsi : « Messieurs, tous les jours, nos amis, nos
1. Ces deux comités étaient le comité des Sciences physiques etmédicales, à la tôle duquel était Cauchy; et, autour de lui, MM. Binet, Beudant, D" Teissier, Cayol, Récamier, Cruveilhier, etc. Le comité du Droit et des Lettres, avec M. Pardessus, Bérard de Glajeux, Fontaine d'Orléans, Henry de Riancey, Frédéric Lauras. On y joignit plus tard un comité des Arts sous la direction de M. Raoul Rochelle, secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts, etc.
frères, se font tuer comme soldats, sur la terre d'Afrique, ou comme missionnaires devant les palais des mandarins. Et nous, que faisons-nous, ditesmoi, pendant ce temps-là? Croyez-vous donc que Dieu ait assigné, pour destinée aux uns le devoir de mourir au service de la civilisation et de l'Église, aux autres le loisir de vivre les mains dans leurs poches ou de se coucher sur les roses? Ah! Messieurs, travailleurs de la science, gens de lettres, tous chrétiens, montrons que nous ne sommes pas assez lâches pour croire à un partage qui serait une accusation contre Dieu qui l'aurait fait, et une honte pour nous qui l'accepterions. Préparons-nous à prouver que, nous aussi, nous avons nos champs de bataille, où parfois l'on sait mourir. »
Ozanam tomba malade. Qui s'en étonnera? Il fut pris, au mois d'août 184-6, d'une fièvre pernicieuse dont il avoue lui-même le caractère alarmant : (( Peut-être même n'en serais-je pas revenu, écrivait-il ensuite, sans les soins excellents de notre ami commun, le D'" Gouraud, et sans la tendresse intelligente et courageuse d'Amélie qui m'a singulièrement soutenu dans cette cruelle épreuve. »
« Il est vrai, confesse-t-il, que j'ai été longtemps débordé par des occupations innombrables à l'excès desquelles on a même attribué ma maladie. » En pouvait-il disconvenir? « Enfin Dieu a bien voulu me laisser vivre afin que j'eusse le temps de devenir meilleur. Aujourd'hui, comme pour prolonger l'avertissement de la maladie, la convalescence qui dure depuis un mois, me retient encore dans un état de faiblesse où tout exercice actif, où toute application d'esprit, m'est impossible. Je n'ai jamais mieux senti
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combien Thomme est peu de chose, et je ne puis vous dire combien je suis humilié de voir que, mangeant bien, dormant bien, il suffît d'une heure du travail le plus léger pour fatiguer ma tête et me réduire au repos. »
C'est pour ce repos absolu, avec la consigne d'un désœuvrement complet, que, « pour le distraire des livres et des hommes, on l'en avait éloigné et consigné dans les bois de Meudon ». Mais les forces ne revenaient pas. On essaya d'un séjour d'anhélation sur les* hauteurs, à Bellevue, près Paris. L'état de prostration persista, tel qu'il ne pouvait même descendre pour visiter ses chers pauvres. Pour s'en dédommager il acheta quotidiennement une provision de pain qu'il distribuait à qui se présentait à sa porte, en demandant à chacun de prier beaucoup pour lui.
Il ne pouvait penser à reprendre son cours. Les médecins prescrivirent une année de repos. Le repos, pour lui, ne pouvait être l'inaction dans l'immobilité. Un voyage fut résolu, utile et agréable, satisfaisant l'esprit en fortifiant le corps. M. de Salvandy, ministre de l'Instruction publique, y pourvut en lui donnant une mission d'études et recherches historiques en Italie. Dans sa pensée bienveillante, il s'agissait moins d'étude que de santé. Mais est-ce ainsi que la conscience d'Ozanam allait l'entendre, et se prêteraitelle à cet accommodement?
Il est certain du moins que cette demi-année en Italie fut, de toute sa vie, celle qui laissa sur son âme l'empreinte la plus forte et la plus délicieuse à la fois. Il faisait ce voyage dans les conditions et les circonstances les plus exceptionnellement impressionnantes et heureuses. Il sortait de maladie et se sentait renaître. Il emmenait avec lui les deux êtres