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CHAPITRE XIX

FLORENCE. — ROME. — PIE IX. — AUDIENCES ET OVATIONS, DEUIL FRATERNEL. — VENISE. — ECHALLENS.

Le voyage, commencé en décembre 1846, avait pour itinéraire le Midi de la France, puis Gênes et Florence, pour aboutir à Rome comme principal centre et séjour d'étude et de piété. Après qu'il y aurait pris ses quartiers d'hiver, le professeur se promettait de parcourir à loisir toute l'Ombrie, les Romaines, Ravenne, la Yénétie, la Lombardie. Il pénétrerait par le Splugen et le pays de Coire, jusqu'à Saint-Gall et Einsielden, où le conviaient de vieux monuments germaniques et monastiques. Puis enfin, suivant le Rhin de Râle à Cologne, il reprendrait le chemin de la patrie par la Relgique, et rentrerait en France, le corps et l'esprit reposés, riclie de souvenirs et de documents pour l'accomplissement de sa mission littéraire, riche de forces et d'ardeur pour la reprise de ses cours et de ses œuvres.

« Ce mémorable voyage se fit, ainsi que s'exprime M. Ampère, au milieu d'un perpétuel enchantement ». Ozanam y emportait cette invariable

bonne humeur et cette aimable gaieté qui étaient un des grands charmes de sa compagnie. Son esprit curieux et enthousiaste ne se lassait pas d'apprendre et d'admirer, tantôt les choses de la nature, tantôt celles de l'art; prenant beaucoup de notes, relevant les inscriptions, saluant les lieux qu'avaient illustrés des souvenirs dont son imagination faisait revivre toutes les scènes. Quelques-unes de ces notes sont devenues des livres, ainsi que nous le verrons. La plupart sont inédites, laissées à l'état de premier jet ou d'impressions rapides. Parmi celles qui furent publiées après lui, nous ferons choix des passages qui rendent le mieux le son de son âme chrétienne.

Le 8 janvier 18i7, les notes de voyage d'Ozanam nous le représentent au faîte du dôme de Florence, dans la lanterne de la coupole, d'où « son regard embrasse la cité de marbre entourée de ses collines encore vertes ». Et ce qui monte à lui de chacun de ces merveilleux édifices, c'est la pensée qui les a conçus, la vie qui les a animés, le nom des saints et des génies qui les ont immortalisés, des artistes qui les ont ciselés ou décorés, au cours de cette période d'inspiration de l'art que ferme Michel- Ange, duquel il porte ce jugement : « Ce grand homme fut peut-être le plus savant des statuaires chrétiens, mais il en fut le dernier. Il enterra noblement la sculpture naïve du moyen âge, et laissa le mauvais exemple d'avoir cherché à étonner les hommes, au lieu de les toucher et de les instruire. »

Dans ces dispositions, rien ne l'impressionne autant que la fière inscription qu'il a lue sur la tour du Vieux- Palais : « /. C. Rex Flor. elect, S. P. Q. Jesus-Christ roi de Florence, élu par le Sénat et le peuple. » Et il note : « Je reconnais là un peuple qui ne veut obéir

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