ITINÉRAIRE VERS ROME
qu'à Dieu, et qui encore, hélas! ne lui obéira pas toujours. »
A Pise, le pèlerin de l'art et de la foi réserve ses pieuses tendresses à la cathédrale, le Dôme. La voyant, cette Notre-Dame, si élancée, si légère, il s'est demandé « si vraiment elle est élevée de terre, ou si elle y pose seulement, descendue du ciel, avec les 84 colonnes de ses cinq nefs qui rappellent les palmiers des jardins éternels ».
De Florence à Rome le voyage se fît à petites journées, tantôt en vetturino, tantôt en simple carriole, s'arrêtant, stationnant partout où il y a à admirer, à apprendre ou à prier, admirant au double en admirant ou priant à deux. Ainsi, par exemple au retour d'une visite à la vieille et curieuse église de San Gemignano : « C'était le 17 janvier, fête de saint Antoine. Nous descendions ainsi la colline de San Gemignano. Le soleil était couché, et la douceur de l'air si grande que nous ne frissonnions pas sous nos manteaux. Ce plaisir pris à deux, le soir de ma fête, restera un des plus aimables souvenirs de ce
Le 2 février 184-7, fête de la Présentation, Ozanam, enfin parvenu à Rome, assistait pour la première fois à une fonction pontificale , dans la chapelle du ijuirinal : « ... D'abord je n'apercevais le pape que de loin, sur son trône, où il distribuait les cierges de la Chandeleur. Mais quand la procession s'est rapprochée, quand j'ai pu contempler de près les traits du Vicaire de Jésus-Christ, j'ai été touché jusqu'aux larmes. J'ai vu cette figure si douce et si sainte, ces yeux et cette bouche qui expriment tant de charité, cette tête qui commence à blanchir sous le poids
du pontificat. Au moment où il rentrait dans le chœur, je lisais ces paroles de Vlntroit du jour qui s'appliquent si bien à Pie IX : Veniet desideratus cunctis gentibiis, et implebit domum istam gloriâ. Oui, cette vieille maison du Quirinal commence à se remplir de gloire, et aujourd'hui tous les peuples regardent de ce côté. »
Un autre jour, 13 février, à l'église du séminaire de l'Apollinaire, M. et M"* Ozanam se sont rendus pour être bénis et communies par Pie IX. « Le moment sublime fut quand le Pape, en finissant de donner la communion aux ecclésiastiques, exprima le désir de la distribuer au peuple. Alors les gardes se sont écartés. Le Pape est descendu de l'autel; un mouvement s'est fait dans la foule pour se porter audevant de lui à la sainte Table. Les marches étaient couvertes de deux rangs de fidèles, serrés, troublés, émus jusqu'aux larmes. Il y avait là la reine douairière de Saxe, de pauvres Italiennes, des femmes, des hommes de différentes nations; et mon Amélie et moi dans cette foule, à côté l'un de l'autre, comme nous l'avons toujours été dans le bonheur, comme nous espérons l'être jusqu'au bout de la vie, et au delà! Le cortège sacré s'est rapproché de nous. J'ai vu cette admirable figure de Pie IX, toute éclairée par les flambeaux, tout émue par la sainteté du moment, plus noble, plus douce que jamais. J'ai baisé soi> anneau, l'anneau du Pêcheur qui, depuis dix-huit siècles, a scellé tant d'actes immortels! Puis j'ai tâché de ne plus rien voir, pour ne plus songer qu'à Celui qui est notre Maître à tous, et devant qui les pontifes eux-mêmes ne sont que poussière. »
Tout le reste de cette lettre est à Pie IX : « Pie IX le conquérant des cœurs, et c'est en gagnant les cœurs