‹ Frédéric OzanamChapitre 203 sur 344 · DANGERS ET ESPÉRANCES DE ROME · texte numérisé non relu

DANGERS ET ESPÉRANCES DE ROME

pas un gage de leDr haute inspiration et de leur efficacité ?« En somme, répète-t-il, ce Pape est un saint, et un saint tel que Dieu n'en a pas donné au pontificat romain, depuis saint Pie Y. »

Est-ce à dire que Pie IX va ainsi monter au triomphe de sa politique par une voie jonchée de palmes? a Non certes, répond Ozanam gravement et magnanimement. Ce que je crois au contraire, c'est que l'avenir réserve à Pie IX les embarras les plus sérieux. Je le crois pour la gloire de ce grand pape. Dieu n'a pas coutume de susciter de tels hommes pour des difficultés ordinaires. Sa mission sans cela sem- Ijlerait trop facile, elle tiendrait moins de place dans l'histoire. Sa barque aurait passé sur des eaux bien tranquilles. Attendons-nous aux tempêtes ; mais ne craignons point comme les disciples de peu de foi. Le Christ est dans la barque, et il n'y dort pas : il n'a jamais si bien veillé qu'aujourd'hui. »

Ce vibrant et troublant article devait avoir sa conclusion plus entraînante encore. Ozanam se souvient, lui l'historien de la conversion des Barbares, que, du vi" au ix^ siècle, les papes saint Grégoire le Grand, puis Grégoire III, rompant avec Byzance qui abandonnait la défense de l'Église, s'étaient tournés vers les Barbares qui leur paraissaient en devoir être l'espérance et le soutien, en devenant ses fils. Et il lui sembla que cette antique évolution de Rome vers les Barbares n'était pas sans analogie avec celle qui aujourd'hui la faisait se tourner vers les masses populaires, « chères à l'Église, disait-il, parce qu'elles sont le nombre, le nombre infini des âmes qu'il faut conquérir et sauver- parce qu'elles sont la pauvreté que Dieu aime, et le travail qui fait la force ». Et làdessus, hardiment, il terminait ainsi ; « Sacrifions

nos répugnances et nos ressentiments pour nous tourner vers cette démocratie, vers ce peuple qui ne nous connait pas. Poursuivons-le non seulement de nos prédications, mais de nos bienfaits. Aidons-le, non seulement de l'aumône qui oblige les hommes, mais de nos efforts à l'effet d'obtenir des institutions qui les affranchissent et les rendent meilleurs. Passons aux Barbares, et suivons Pie IX. »

Ozanam ne fut pas compris. Ce dernier cri jeta l'épouvante. Le mot de démocratie évoqua le fantôme de la Terreur; ce nom de Barbares signifia les communistes, les phalanstériens. L'allusion historique échappa, ainsi que l'intention. Ozanam en fut plus attristé que surpris. « Je m'attendais aux plaintes et aux remontrances, écrit-il deux j ours après cette publication. Elles arrivent enfouie. » D'un autre côté, les adhésions les plus complètes de catholiques zélés ne lui faisaient pas défaut. Le vénérable abbé Desgenettes lui écrit qu'il l'approuve. Le Père Lacordaire lui répète qu'il partage toutes ses opinions ; il s'étonne seulement qu'on pût les trouver hardies. M. Foisset lui en adresse quelques observations, mais tellement amicales, qu'Ozanam ne l'a jamais trouvé « ni plus chaleureux ni plus bienveillant et pressant que dans ces lignes, qui sont de celles qu'on garde et qu'on relit. — Je savais bien, poursuit-il, que ma sincérité déplairait. Je n'aime pas soulever des orages; je n'ai cédé qu'au besoin de remplir un devoir... Vous-même, Monsieur et cher ami, vous pensiez comme moi en octobre. Ne puis-je espérer que j'ai encore la douceur d'être d'accord avec vous? S'il en est autrement, alors c'est moi qui me suis mal exprimé ; et je le crois, puisque vous ne me comprenez pas ».

« Passer de Byzance aux Barbares », c'est, expli-

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