‹ Frédéric OzanamChapitre 205 sur 344 · LA RÉPUBLIQUE DE · texte numérisé non relu

LA RÉPUBLIQUE DE

des instruments divers pour rendre les hommes plus heureux et meilleurs.

« Je crois à l'autorité comme moyen, à la liberté comme moyen, à la charité comme but.

« Deux sortes de gouvernements obéissent à deux principes diamétralement opposés :

« Ou c'est l'exploitation de tous au profit d'un seul : et c'est la monarchie de Néron ; monarchie que j'abhorre. — Ou c'est le sacrifice d'un seul au profit de tous; et c'est la monarchie de saint Louis, que je révère avec amour.

(( Ou c'est l'exploitation de tous au profit d'une faction : c'est la république de la Terreur; et cette république je la maudis. — Ou c'est le sacrifice de chacun au profit de tous; et c'est la république chrétienne de l'Église primitive de Jérusalem. C'est peutêtre aussi celle de la fin des temps, l'état le plus haut où puisse monter l'humanité. »

Le jeune Ozanam ajoutait : ce Tout gouvernement me semble respectable en ce qu'il représente le principe divin de l'autorité : c'est en ce sens que j'entends ïomfiis potestas a Deo de saint Paul. Mais je pense qu'en face du pouvoir il faut aussi la place du principe sacré de la liberté, laquelle il faut revendiquer énergique m eut, afin que s'élève une voix courageuse etsévèrepour avertir un pouvoir qui exploiterait au lieu de servir.

« L'opposition est chose utile et louable, mais non l'insurrection. Obéissance active, résistance passive : les Prisons de Silvio Pellico, et non les Paroles dun croyant. »

Plusieurs de ces aphorismes politiques sont bien d'un adolescent, mais ils ne sont pas certes d'un révolutionnaire.

Au-dessus de la question des gouvernements il y en avait une autre, liée encore plus étroitement à la question religieuse. Ozanam en avait ainsi écrit à ses amis : « La question qui agite le monde autour de nous n'est ni une question de personnes ni une question de formes politiques, mais une question sociale. C'est la lutte de ceux qui n'ont rien et de ceux qui ont trop ; c'est le choc violent de l'opulence et de la pauvreté qui fait trembler le sol sous nos pas. Notre devoir à nous, chrétiens, est de nous interposer entre ces deux camps, afin que par nous la charité fasse ce que la justice seule ne saurait faire. » Or c'était cela encore, et plus que jamais, ce qu'il voulait faire et faire faire au lendemain de février

Le jour même de la sanglante insurrection, la Société de Saint- Vincent de Paul se fit grandement honneur par la belle action d'un de ses membres dont le nom, digne de l'histoire, est demeuré caché dans l'ombre chère aux habitudes des confrères. Ainsi la rapporte VAmi de la Religion j 29 février 1848 :

« Jeudi dernier, 24, au moment où le peuple venait d'envahir les Tuileries, et en jetait par les fenêtres les meubles et les tentures, un jeune homme, qui fait partie de la Conférence de Saint-Vincent de Paul, courut en toute hâte à la chapelle, craignant qu'elle ne fût dévastée et voulant essayer d'empêcher cette profanation. La chapelle, où l'on avait dit la messe le matin, était déjà envahie; quelques vêtements sacerdotaux étaient épars dans la sacristie, mais l'autel n'avait point été touché. Le pieux jeune homme pria quelques gardes nationaux de l'aider à emporter les vases sacrés et le crucifix. Ils lui répondirent qu'ils y songeaient comme lui, mais qu'ils

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