‹ Frédéric OzanamChapitre 206 sur 344 · MANIFESTATIONS DE FOI · texte numérisé non relu

MANIFESTATIONS DE FOI

jugeaient nécessaire d'avoir avec eux un élève de l'Ecole polytechnique. Deux se présentèrent. On prit les vases sacrés et le crucifix, et l'on sortit par la cour des Tuileries et le Carrousel pour se rendre à l'église de Saint-Roch.

« Dans la cour, des cris furent poussés vers les hommes chargés de ces précieux dépôts. Alors celui qui portait le crucifix Téleva en Fair, en disant : (( Vous voulez être régénérés; eh bien! n'oubliez pas que vous ne pouvez l'être que par le Christ. » — u Oui, oui, répondirent un grand nombre de voix; c'est notre Maître à tous. » Et les têtes se découvrirent, aux cris de : « Vive le Christ! » Le crucifix et un calice sans patène furent portés pour ainsi dire en procession jusqu'à Saint-Roch, où ils furent reçus par M. le curé,

« Les braves gens qui formaient ce touchant cortège commencèrent par demander sa bénédiction au respectable prêtre, qui leur adressa quelques paroles vivement senties, et recueillies avec le plus sincère respect : « Nous aimons le bon Dieu, s'écrièrent-ils; nous voulons la religion; nous voulons qu'elle soit respectée. Vive la liberté! Vive la religion et Pie IX! » Avant de se retirer, ils se mirent tous une secondé fois à genoux pour recevoir la bénédiction de M. le curé^ »

La Révolution de Février avait pris dans l'esprit

1. C'est à ce fait que, dans sa conférence du27 février, le Père Lacordaire faisait allusion, quand il disait: « Grûce à Dieu, nous croyons en Dieu; et si je doutais de notre foi, les portes de c«tle métropole s'ouvriraient d'elles-inômes, et le peuple n'aurait besoin que d'un regard pour me confondre, lui qui tout à l'heure, au milieu même de l'enivrement de sa force, portait dans ses mains, comme associée à son triomphe, l'image du Fils de Dieu fait homme. » {Applaudissements.)

d'Ozanam des proportions démesurées. N'écrivait-il pas alors : « Dans les événements de Rome, de Paris et aujourd'hui de Vienne, on entend déjà la voix qui dit : Ecce facio cœlos novos et terram no^am. Depuis la chute de l'Empire romain, le monde n'a pa^ vu de révolution pareille à celle-ci. Je crois encore, comme hier, à l'invasion des Barbares ; mais des barbares tels que les Francs de Glovis. Enfin je crois à l'émancipation des nationalités opprimées, et plus que jamais j'admire la mission de Pic IX, suscitée si à propos pour l'Italie et pour le monde. En un mot, je ne me dissimule ni les périls du temps, ni la dureté des cœurs; je m'attends à voir beaucoup de misère, de désordre et peut-être de pillages. Je crois que nous pouvons être broyés, mais que ce sera sous le char du christianisme. »

Ozanam n'avait pas manqué au devoir de revêtir l'uniforme de la garde nationale et de prendre rang au poste du péril avec tous les bons citoyens. Mais là n'était pas son vrai poste ; et M. Foisset, entre autres, caressait l'espoir de le voir devenir, à la Chambre, un des promoteurs du nouvel ordre de choses. Modestement, Ozanam lui répondit, 22 mars 184-8 :

« Vous avez bien tort, mon cher ami, de me croire un des hommes de la situation. Jamais je n'ai mieux senti ma faiblesse et mon incompétence. Je suis moins préparé que tout autre aux questions qui vont occuper les esprits ; je veux dire à ces questions de travail, de salaire, d'industrie, d'économie, plus considérables que toutes les controverses politiques... Je ne suis pas homme d'action, je ne suis né ni pour la tribune ni pour la place publique. Si je puis quelque chose, et bien peu de chose, c'est dans ma chaire, ou peutêtre dans le recueillement d'une bibliothèque, pour

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