‹ Frédéric OzanamChapitre 207 sur 344 · CANDIDATURE POLITIQUE · texte numérisé non relu

CANDIDATURE POLITIQUE

tirer de la pliilosophie et de l'histoire une suite d'idées que je puisse présenter aux jeunes gens, aux esprits troublés et incertains, afin de les rassurer, les ranimer, les rallier, au milieu de la confusion du présent et des incertitudes formidables de l'avenir. »

Le nom d'Ozanam n'en fut pas moins porté à Paris sur plusieurs listes de candidats aux élections législatives. Il déclina cet honneur. Convaincu qu'à l'heure présente les catholiques n'étaient pas en nombre pour triompher à eux seuls, il écrivit : « Ce que nous avons de mieux à faire, c'est de porter nos suffrages sur des candidats républicains qui partagent notre foi, et qui oOrent des garanties sérieuses pour notre liberté. »

Ozanam terminait cette lettre, lorsque de Lyon lui en arriva une très insistante d'un comité de catholiques, le priant de se laisser porter sur la bonne liste de cette ville, où la division des partis et des suffrages lui donnait chance de réunir un nombre suffisant de voix. Reprenant sa lettre à Foisset, Ozanam lui soumet le cas : « Outre les raisons susdites, je ne suis pas bien robuste de santé pour affronter les orages df l'Assemblée nationale. Mes habitudes de parole ne s'accommodent guère non plus avec celles de la tribune politique. Mes amis d'ici sont partagés. Plusieurs me conseillent d'attendre l'Assemblée suivante. Qu'en pensez- vous? Si vous me répondez courrier par courrier, votre lettre peut encore m'arriver avant que j'écrive à Lyon, car je n'écrirai que samedi. Je suis dans une perplexité douloureuse. »

Nous ignorons quelle fut la réponse de M. Foisset. Ozanam céda et se laissa mettre sur les rangs. C'était bien tard, quatre jours seulement avant l'ouverture du scrutin et il n'avait pas même le temps d'aller se

montrer à ses électeurs lyonnais. Il en écrit à son frère prêtre : « Mon premier mouvement a été de refuser une mission si peu conforme à mes habitudes et à mes études. Cependant, après y avoir songé devant Dieu, et pris conseil de ceux qui ont des droits sur ma conscience et sur mon cœur, en réunissant les conseils de ma famille et de mes amis, je me suis déterminé à un sacrifice que je ne pouvais refuser sans manquer à l'honneur, au patriotisme et au dévouement chrétien. On me porte donc à Lyon. J'espère que je n'y obtiendrai qu'un nombre honorable de suffrages, et que la Providence m'épargnera la périlleuse gloire d'être représentant du peuple. Cependant, si elle m'y destine, j'espère qu'elle me donnera le courage nécessaire pour ne point trahir ses desseins. Je sais ce que je risque ; mais le plus que je puis exposer c'est la vie; et, depuis deux mois. Dieu nous la fait assez rude pour nous apprendre à n'y tenir que juste autant qu'il le veut pour notre amendement et notre salut. Quant à la fortune, il serait égoïste d'y songer, dans un moment où il s'agit de sauver ou de perdre la France.

« Voilà donc, mon cher frère, une autre raison de prier très particulièrement pour moi; et je te demande, à cette intention, si tu peux en disposer, ta messe de Pâques, jour oii peut-être ma destinée doit sortir de l'urne électorale. »

La trop tardive candidature, même en l'absence du candidat, n'en réunit pas moins 16.000 voix sur son nom. C'était insuffisant pour être élu. Plus que consolé par avance de son échec, Ozanam écrit ainsi au même frère : « De ce nombre de suffrages, il résulte assez qu'en m'y prenant plus tôt, et en me rendant sur les lieux, je pouvais réussir. Mais Dieu, sans

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