‹ Frédéric OzanamChapitre 208 sur 344 · ALLER AU PEUPLE · texte numérisé non relu

ALLER AU PEUPLE

doute, a voulu m'épargner des devoirs redoutables et me renvoyer aux études dont il m'a donné le goût. »

Désintéressé de la lutte pour son compte, Ozanam se fît auprès de la jeunesse l'ardent promoteur de la candidature de M. de Melun, de M. Thayer, et spécialement de celle du PèreLacordaire : « Le Révérend Père garde toute son admirable sérénité, écrit-il. Jamais je ne l'ai vu plus égal, plus disposé à servir les intérêts de Dieu sans se troubler des passions humaines. L'Archevêque de Paris a voulu lui donner un éclatant témoignage de confiance, en lui conférant le titre de vicaire général. »

Représentant du peuple, à la Chambre, Ozanam y eût provoqué le vote de lois économiques et charitables qu'il lui restait du moins la ressource d'y faire arriver par le pétitionnement. On le voit, dans ces mêmes jours, qui rédige un petit écrit sur le repos du dimanche. « On le fera distribuer, on l'affichera ; et peut-être sera-ce le moyen d'engager les ouvriers à faire une pétition à cet effet. » D'un autre côté, il provoque « une réunion de professeurs où l'on s'occupera de fonder des cours publics et une sorte d'école du soir pour ces braves gens. Les ecclésiastiques des Carmes y prêteront leur concours, et l'archevêque donne un local ». C'est à son frère qu'il le fait savoir, 15 mars : « Mon cher frère, tu sais que j'ai toujours approuvé et queje suis heureux de partager ton penchant pour ces hommes laborieux, pauvres, étrangers aux délicatesses et aux politesses de ce qu'on appelle les gens bien élevés. Si un plus grand nombre de chrétiens et surtout d'ecclésiastiques s'étaient occupés des ouvriers depuis dix ans, nous serions plus sûrs de l'avenir, et toutes nos espérances

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reposent sur le peu qui s'est fait pour eux, ici, à Paris. »

A ce même frère, alors à Lille où il donnait une mission, Ozanam recommande de (c s'occuper plus que jamais présentement des domestiques autant que des maîtres, et des ouvriers comme des riches : c'est désormais la seule voie de salut pour l'Église de France. Il faut que les curés renoncent à leurs petites paroisses bourgeoises, troupeau d'élite au milieu d'une immense population qu'ils ne connaissent pas. Il faut qu'ils s'occupent non seulement des indigents, mais de toute cette classe pauvre qui ne demande pas l'aumône, et qu'on attirerait par des prédications spéciales, par des associations de charité, par l'afiPection qu'on lui témoignera, et dont elle est touchée plus qu'on ne croit. »

Puis le 25 mars, au même, sur les élections du Nord : <( Au lieu de faire alliance avec la bourgeoisie vaincue, il vaudrait mieux s'appuyer sur le peuple, qui est le véritable allié de l'Église, pauvre comme elle, dévoué comme elle, béni comme elle de toutes les bénédictions du Sauveur. — J'apprends une candidature excellente à Valenciennes, celle de mon ami Wallon, suppléant actuel de M. Guizot à la Faculté. C'est un républicain sincère et un catholique solide, membre de la Conférence de Saint- Vincent de Paul, et très zélé pour le bien des pauvres. »

Lorsque, au lendemain de février, Ozanam s'empressa de reprendre son cours de Sorbonne, il n'eut qu'à se montrer à ses étudiants tel que déjà il leur était connu : « En reparaissant devant vous, après les grands événements qui viennent de s'accomplir, je suis heureux de ne trouver dans mes souvenirs de six années de leçons, aucune parole que j'aie à retirer aujourd'hui.

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