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LA MISÈRE ET LA CHARITÉ

« Fatigué des controverses qui agitent Paris, je suis déchiré du spectacle de la misère qui le dévore, écrit-il à M. Foisset. La Société de Saint-Vincent de Paul trouve là de grandes obligations, et peut-être Dieu ne lui a-t-il ménagé des progrès si rapides que pour la mettre à la hauteur de la tâche qu'il lui préparait. Du reste, il est bon pour tous de voir de près, chez eux, de voir désarmés, entourés de leurs femmes et de leurs enfants, ces pauvres gens qu'on a trop vus aux clubs et aux barricades. On reconnaîtra alors avec étonnement tout ce qu'il y a encore de christianisme dans ce peuple et par conséquent de ressources. Ah! si nous avions des saints ! Mais pouvonsnous douter que Dieu n'en réserve quelques-uns au siècle à qui il a donné Pie IX et l'Archevêque de Paris? »

La Société de Saint- Vincent de Paul venait de recevoir un grand témoignage de confiance du gouvernement. Des allocations de secours aux indigents du département de la Seine ayant été successivement votées par l'Assemblée nationale, la distribution à domicile en fut confiée, en partie, à la diligence des conférences en perpétuel contact avec ces malheureux. Ainsi avaient fait plusieurs maires de Paris, notamment le D"^ Trélat, médecin de la Salpetrière et maire du XIV arrondissement. Le célèbre docteur n'était rien moins que religieux, mais il savait et disait que ce soin délicat ne pouvait être confié à des mains plus honorables et plus expérimentées que celles-là.

C'est dans ces circonstances que se tint le 2 août, l'assemblée générale de la Société, dans une salle de l'église de Saint-Sulpice. L'heure était solennelle. M. Adolphe Baudon, qui, depuis le 14 février de

cette année, avait remplacé le vénérable M. Gossin à la présidence générale, venait d'avoir la jambe fracassée devant la barricade du Petit-Pont de la Cité. C'était Ozanam qui le remplaçait au fauteuil en sa qualité de vice-président. A côté de lui siégeait, présidant la séance, M. l'abbé Fournier, futur évêque de Nantes, membre de l'assemblée. De l'autre côté était M. Augustin Cochin, secrétaire général. Ozanam, prenant la parole, donna d'abord aux confrères la confiance que leur bien-aimé et courageux président leur serait conservé : « 11 ne nous quittera point comme tous ces morts glorieux, ces blessés illustres qui s'en vont les uns après les autres, et qui semblent emmener la patrie avec eux. »

Il nomma quelques-uns des confrères tués dans ces lugubres journées: M. Lecoq, membre de la Conférence Saint-Paul-Saint-Louis, brillant ingénieur des mines, un des plus remarquables élèves de l'École polytechnique. M. Charre, président de la conférence de Montmartre. « Il n'avait que 22 ans; jeune étudiant en droit couronné de ses succès, naturaliste, archéologue, fils unique, riche, intelligent, promis à tous les bonheurs et honneurs. Il a été frappé en combattant aux côtés de son père ; et, au bout de dix heures d'agonie, il a remis son âme à Dieu, qui lui aura tenu compte de sa jeunesse immolée, des regrets de ses confrères et des larmes de ses pauvres. »

M^"" Affre fut alors béni et pleuré dans ce discours : « Il était un père pour la société naissante. Il venait récemment de lui confier une somme considérable pour le soulagement et l'instruction des jeunes ouvriers de passage à Paris. Ainsi le bien du peuple occupait toutes ses pensées, avant le jour où il devait mourir pour le salut du peuple. Dieu a permis qu'en

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