LES DEUILS DE LA SOCIÉTÉ
ce moment suprême , l'humble Société de Saint- Vincent de Paul fût représentée auprès de rarchevêque de Paris par un de ses membres qui porta le drapeau de parlementaire. C'est un témoignage domestique et une tradition de famille que nous voulons joindre au récit de cette mort que l'histoire célébrera. Mes cliers confrères, beaucoup d'entre vous se souviennent du jour où un prédicateur que nous aimons tous, portant la parole à Notre-Dame devant M. AfTre, alors vicaire général du diocèse, s'écriait avec une pieuse liberté : « Donnez-nous des saints, mon Dieu; il y a longtemps que nous n'en avons vu! » Dieu est généreux, Messieurs : vous lui demandiez des saints, il vous donne des martyrs! »
Après les deuils, les devoirs. Aux distributeurs des secours de l'État aux insurgés, Ozanam recommande d'être des messagers de paix. Médiateurs entre les vainqueurs et les vaincus de la veille, leur tâche ne consistera pas seulement à faire la charité, mais à la réhabiliter auprès de ces pauvres ouvriers prévenus, aigris, en la leur montrant prompte, compatissante, clémente, oublieuse du pa ssé, chrétienne en un mot, « Fils de saint Vincent de Paul, apprenons de lui l'oubli de nous-mêmes, le dévouement au service de Dieu et au bien des hommes; et cette sainte partialité qui donne plus d'amour à ceux qui souffrent plus. »
Puis Ozanam remerciait la charité privée, la charité étrangère. L'année précédente, Ozanam avait fait campagne, et avec quels accents! en faveur de l'Irlande décimée par la famine et le typhus. Cent cinquante mille francs avaient été recueillis et envoyés au conseil central des conférences de Dublin. Or, aujourd'hui, c'était Dublin qui, se souvenant de Paris et de ses maux, lui dcms^ndait d'accepter sur
cette somme le reliquat de 50.000 francs, en faveur de ses blessés et ses ouvriers sans ouvrage. Ozanam, plein d'admiration, insista pour qu'un si généreux sacrifice fût agréé. «. C'était un exemple rare do cette fraternité secourable qui ne connaît pas de différence de nation devant Dieu ! »
Le même jour, après Ozanam, M. Augustin Gochin fut entendu. C'était aussi une belle parole, brûlante de la même flamme. Son rapport sur l'état général de la société constata que 69 conférences avaient été fondées dans le cours de l'année 1847, ce qui portait leur chiffre total à 363 (334 conférences, 29 conseils) au l^"" janvier 1848; et à 393, à la présente date de l'assemblée d'août. Dans ce nombre, l'Angleterre en fournissait 17, la Hollande 16, le Canada il. Et l'enthousiasme de M. Cochin de s'écrier : « Il n'est bientôt plus un jour dans l'année, il n'est bientôt plus une heure dans le jour, où, sur un point du monde chrétien, quelques hommes ne se réunissent, sous le patronage de saint Vincent de Paul, pour se livrer, avec la même foi, les mêmes prières, et les mêmes usages, à des œuvres qui soulagent l'homme et glorifient Dieu. Il n'est plus de frontières qui les divisent, l'horizon s'agrandit chaque jour et chaque jour y voit apparaître de nouvelles constellations de la charité. «
La blessure de M. Baudon, en prolongeant son absence, prolongeait aussi la vice-présidence d'Ozanam. Ilfut en réalité durant toute la fin de cette terrible année le président effectif et actif de la Société. Il la félicitait de se retrouver encore entière et debout. Il l'animait à travailler au double cette annéelà : « Chers confrères , ne devons-nous rien de plus à la Providence, qui nous a sauvés, quand tant d'ins-